Ce lundi, Christine et Emmanuel se sont unis par les liens du mariage. Ils ont choisi comme évangile le chemin des disciples d'Emmaüs (Lc 24, 13-35). Ce choix peu banal pour une telle occasion m'a conduit à
relire le récit évangélique sous un nouvel angle. Cette péricope faisait déjà partie de mon florilège personnel, elle n'en prend que plus d'importance. Bonne méditation, et encore tous mes voeux
de bonheur au nouveau couple.
Mariage de Christine et Emmanuel
Homélie
(1 Co 12,31-13,8a – Ps 148 – Lc 24, 13-35)
Chers Christine et Emmanuel,
Vous souvenez-vous du moment où, dans la préparation de votre mariage, cet évangile a semblé s’imposer comme une évidence ? C’était au
mois de janvier, le 7 très précisément, la veille de l’Epiphanie, à quelques pas d’ici dans la maison de « tonton Lucien ». C’était un temps de rencontre et déjà un peu de bilan.
En tout cas un point d’étape. Je crois me souvenir vous avoir parlé des disciples d’Emmaüs pour évoquer la vie de foi comme chemin. Vous êtes tous
les deux si différents et si libres que votre propre itinéraire me faisait penser à ces deux compagnons de route. Même si le rituel le propose pour la célébration du mariage, ce n’est pas un
choix très courant – d’ailleurs je crois bien que c’est la première fois où je l’entends pour une telle circonstance. Alors vous me permettrez d’en abuser un peu et de vous en parler
longuement.
Et avant tout, je voudrais que nous l’écoutions comme si c’était la première fois. Oubliez volontairement ce que vous croyez en savoir. Le
chemin d’Emmaüs n’est, aujourd’hui, ni une allégorie de la messe, ni d’abord un récit pascal : il est, aujourd’hui, votre propre histoire et votre avenir.
Nous sommes le jour de la résurrection de Jésus. « Deux disciples faisaient route vers un
village appelé Emmaüs » (Lc 24, 13). L’un d’eux se nomme Cléophas et saint Luc conserve l’autre nom dans le mystère de l’anonymat. De nombreux commentateurs y ont vu la marque de la
sagesse de Dieu qui nous invite ainsi à inscrire notre propre nom sur le visage de ce compagnon mystérieux. Je voudrais aujourd’hui vous inviter à une autre contemplation. Un homme et une femme,
un couple rentrant chez eux après avoir vécu une incroyable aventure. Et pourquoi pas, après-tout ? Dans l’évangile de Jean, il est bien fait mention d’une certaine Marie, femme de Cléophas,
qui se tient auprès de la croix Jésus avec sa mère (Jn 19, 25). L’histoire d’un couple donc, qui fait route ensemble pour rentrer chez eux, à la maison. Chez eux et non à l’auberge si souvent
représentée dans les œuvres picturales mais qui n’existe pas dans le texte. Bref, une histoire tout à fait ordinaire ou l’extraordinaire se produit.
Un couple, une famille, marche en parlant de ce qu’ils viennent de vivre, de ce qui fait leur vie ; de la joie qu’ils ont éprouvée au
contact de cet homme si singulier, ce Jésus qu’ils ont suivi avec plaisir et enthousiasme ; de la tristesse aussi et de la peine face à la mort de leur ami ; de leur espoir déçu, de
leur doute face au témoignage de ceux qui, le matin même, ont trouvé le tombeau vide sans le corps de Jésus. Bref, de tout ce qui fait une vie d’homme et de femme, tout ce qui touche à l’intimité
de leurs histoires. Et voici qu’un voyageur les rejoint. Apparemment un inconnu. Et il se met à marcher et à parler avec eux. Et de quoi parlent-ils ensemble ? Simplement de ce qu’ils sont,
de ce qu’ils ressentent et de ce qu’ils espèrent. Le Christ leur permet, peut-être malgré eux, de relire leur histoire avec un cœur brûlant, en y cherchant le sens et la vérité.
Ce couple aujourd’hui, Christine et Emmanuel, c’est vous. Et c’est même plus que vous. C’est vous deux et la petite Gersende. Que vous le
reconnaissiez ou non, le Christ marche avec vous dans votre vie, il se dit dans votre histoire : ne le cherchez pas en dehors ! Il partage vos joies et vos peines et vous invite à le
découvrir auprès vous quoi qu’il arrive.
Pour Cléophas et Marie, son
épouse, cette rencontre a un poids ; la preuve : elle ralentit le pas. Ce chemin que l’on évalue à deux heures de marche de Jérusalem semble n’en plus finir, et il faut bien le reste de
la journée pour l’achever. Rien de ce qui se vit dans votre vie et votre histoire n’est futile aux yeux de Dieu. Le retour vers la maison, vers le lieu du repos et de l’intimité de la famille est
lourd de tout ce qui fait notre vie et de tout ce que Dieu nous dit dans le mystère de notre existence.
Et voilà que la route s’achève à la tombée du soir. Il est temps de rentrer chez soi. Et voici que l’inconcevable se produit :
« Jésus fit semblant d’aller plus loin » ! Je lis bien : « Jésus fit
semblant » (Lc 24, 28). Avez-vous déjà entendu dire que Jésus ait jamais fait semblant ? Christine, as-tu un jour dis aux enfants du catéchisme du Saint-Esprit que Jésus a fait
semblant ? Non ce n’est pas possible ! Et pourtant, Jésus fait semblant d’aller plus loin. Il laisse ses compagnons libres de le retenir ou de le laisser aller, libres de l’accueillir
chez eux ou libres de rentrer seuls. Il n’y a pas de prix à cette liberté. Et nous savons bien quels sont les conséquences : Jésus, autour de la
table, va être reconnu à la fraction du pain. Le geste le plus ordinaire de l’homme et pourtant le plus symbolique. Mais ce geste n’est possible uniquement que parce qu’un autre l’a
précédé : « Reste avec nous car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc 24, 29). Souvenez-vous la parole de Jésus dans l’évangile de
Matthieu :
« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la
création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ».
(Mt 25, 34-36)
Jésus peut se révéler pleinement dans le partage du pain uniquement parce que l’amour a présidé au repas. Ce n’est pas d’abord la foi des
disciples qui est la cause de la reconnaissance de Jésus. Le Christ rayonnant de sa résurrection est au cœur de la maison familiale parce que Cléophas et son épouse ont fait preuve d’amour et
d’ouverture. Christine, Emmanuel, qu’il en soit toujours ainsi tout au long de votre vie. Ce n’est qu’en vivant de l’amour et en le faisant rayonner autour de vous pour ceux qui en ont besoin que
vous serez vraiment heureux et que vous pourrez reconnaître et recevoir le Christ à votre table, au cœur de votre vie. C’est le sens profond de votre mariage, c’est ce que nous invoquerons encore
dans quelques instants dans la bénédiction nuptiale :
« qu’ils apprennent à donner leur vie pour les autres ;
qu’ils recherchent avant toutes choses le Royaume de Dieu et sa justice ;
qu’ils soient utiles au monde où ils vivront ;
qu’ils se montrent accueillants aux plus pauvres »
Il y aurait encore beaucoup à dire mais le plus beau commentaire que vous pourrez faire de cet évangile c’est la vie d’amour que vous allez
menez ensemble, en famille, avec Gersende et, qui sait, peut-être ses frères et sœurs. Et vous savez bien que cet amour ne pourra grandir qu’en se donnant largement autour de vous et à
tous.
Merci de nous avoir fait entendre cette parole de Dieu.
Merci de la parole que vous allez vous échangez et qui fonde aujourd’hui votre famille.
Merci d’être pour nous aujourd’hui le signe de l’amour de Dieu qui sauve le monde et qui accueille tous les hommes.
Soyez heureux.
Heureux comme Cléophas et Marie à la vue du Seigneur vivant.
Heureux comme les Apôtres qui exultent de joie en les accueillant.
Heureux comme Dieu vous veut.
Sylvain BRISON +
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