Méditation pour la fête de l'Assomption

Au jour où l’on dédia à Jérusalem l’une des toutes premières églises en l’honneur de Marie
(vers le Ve siècle), l’Eglise célèbre la Mère de Dieu en son Assomption. Bien que cette fête fut toujours célébrée tant en Orient (dans le mystère de la
dormition de la Vierge Marie)
qu’en Occident, il fallut attendre le vingtième siècle pour que le pape Pie XII, en 1950, proclame le dogme selon lequel, « au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu, a été
enlevée en corps et en âme à la gloire du ciel ».
En contemplant la sainteté de Marie et en imitant sa charité, l’Eglise porte au monde l’espérance de l’assomption de toute l’humanité. Marie est l’image et les prémices de l’Eglise qui doit
connaître son achèvement dans le Royaume de Dieu. Cette fête est donc une grande joie pour tout le Peuple de Dieu qui, en célébrant Marie toute illuminée du mystère du Salut, accueille en ce
monde la première réalisation du Royaume à venir.
Marie dans la lumière du Verbe Incarné
Marie ne serait pas Marie sans le Christ. A une époque où le retour du sentiment religieux marque de manière si importante nos sociétés modernes, cette affirmation mérite d’être rappelée. Nous ne
saurions rien de cette jeune fille de Galilée si elle n’avait pas acquiescée à la volonté du Père en devenant la mère de Jésus, Dieu parmi nous. Le mystère de la féminité a de grandes
affinités avec le sacré. Aussi n’est-ce pas sans certains risques que nous parlons de cette vierge mère. In medio stat virtus disait saint Thomas d’Aquin. Pour ne point trop en dire, la
meilleure façon de parler de Marie est de se mettre, à son exemple, humblement à l’écoute de la Parole de Dieu et de la contempler dans l’illumination du mystère du Verbe incarné. Car rien ne
saurait séparer de la gloire de son Fils, celle qui « a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45).
Comme nous le rappelle l’apôtre Paul, nous n’avons qu’un seul médiateur auprès de Dieu, un seul rédempteur par qui nous sommes sauvés : Jésus le Christ. « Le Christ est ressuscité
d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15,20). Tout le mystère de la vie de Marie, toute la grâce dont elle est comblée et dont témoigne le
salut de l’ange Gabriel, vient de l’accomplissement de la promesse du Salut opéré dans le Christ. Ainsi, ce que nous célébrons dans la fête de l’assomption (Marie n’a pas connu la corruption
du tombeau) est comme le reflet du soleil sur la lune : une autre manière de contempler la grâce de la résurrection du Fils unique. Glorifiée dans le Ciel, Marie l’est de l’unique gloire du
Fils, à qui, selon la volonté du Père et par l’action de l’Esprit Saint, elle a donné un corps pour qu’il soit notre Sauveur. C’est donc dans la grande joie de la résurrection du Christ et dans
l’espérance de notre propre résurrection que nous célébrons la Vierge Marie en sa glorieuse assomption. Au cœur de l’été, alors que nous avons, pour la plupart, changé de rythme de vie, nous
sommes conduits par la liturgie et la prière de l’Eglise à nous recentrer sur le cœur de la foi. C’est dans cette dynamique pascale que nous sommes situés dans notre relation personnelle avec la
Vierge Marie.
Aurore de l’Eglise à venir
Au moment de passer de ce monde à son Père, le Seigneur Jésus a confié ses frères à l’amour de sa mère : « Femme voici ton Fils » (Jn 19,26). Dès lors, la maternité de
Marie s’exerce pour toute l’humanité, d’abord selon l’ordre de l’amour, ensuite selon l’ordre de la grâce. En effet, Marie participe à l’œuvre du Salut en concevant le Christ par la puissance de
l’Esprit, en le mettant au monde, en le présentant au Père dans le Temple, en souffrant avec lui au pied de la croix, en se réjouissant avec les apôtres au matin de Pâques et en priant avec eux
au cénacle. La plus grande qualité de Marie est simplement d’être là. De se tenir disponible à l’œuvre de Dieu, d’aimer, de compatir, de veiller avec ceux qui sont avec elle auprès du Christ.
Elle nous invite ainsi, en la prenant pour modèle, à inscrire nos personnes dans l’accomplissement de la promesse dont nous sommes dépositaire depuis Adam, Noé et Abraham. Dans cet ordre de la
foi, Marie est la figure de l’Eglise qui devient mère en recevant la Parole de Dieu et en engendrant ses fils par la prédication de l’Evangile et dans le bain de la nouvelle naissance.
Chacun de nous, membre de l’Eglise, trouve en Marie le désir de pouvoir se tenir présent dans sa vie à l’aujourd’hui de Dieu. C’est sur ce chemin que nous devenons toujours plus l’Eglise appelée
à être présence du Christ et sacrement du Salut dans notre monde.
Marie, en se tenant sous la croix de son Fils est celle qui peut nous aider à élever nos regards vers lui. Ainsi l’Eglise, elle aussi, est-elle appelée à manifester le Christ et à le faire naître
dans le cœur des hommes. En cherchant à ressembler au Fils de Dieu par l’amour, elle progresse dans la foi, l’espérance et la charité. En recherchant la volonté de Dieu, en y obéissant, l’Eglise
tend à ressembler de plus en plus à la figure de Marie en qui, elle voit, dans l’espérance, son accomplissement dans la gloire du Ciel.
Espérance du peuple en marche
Marie, exaltée par la grâce au-dessous de son Fils et au-dessus des anges, est pour chacun d’entre nous l’espérance de notre propre vie auprès de Dieu. En effet, si nous mourrons tous, nous
sommes tous appelés à vivre dans l’éternité dans l’amour de la Trinité. Ce que sera cette vie après la mort, nous ne pouvons pleinement la décrire. Nous n’en avons qu’une idée fugace dans la
propre résurrection du Christ. Oui, nous ressusciterons corps et âmes. Nous aimons peut-être trop nous complaire dans des images faciles. Combien de fois, lors de la disparition d’un proche ou
d’un ami, nous disons-nous (nous convainquons-nous ?) que son âme part vivre pour toujours auprès de Dieu ? Nous en finirions par croire peu à peu que seules nos âmes sont
promises à la vie divine. Mais non ! C’est bien avec nos corps que nous sommes appelés à aimer sur cette terre, et c’est avec eux que nous aimerons dans le Royaume de Dieu. L’Assomption de
la Vierge Marie nous rappelle ce grand mystère. Au cours de notre pèlerinage sur la terre, nous pouvons déjà contempler en Marie la réalisation de la promesse accomplie par le Christ. Marie est
donc bien, dans la gloire de son Fils, l’espérance du peuple en marche vers le Père.
La beauté de cette fête nous rappelle, à temps et contretemps, le mystère de notre Salut et Marie ne cesse de tourner nos regards vers son Fils. Elle réside dans la simplicité de la personnalité
de Marie et dans la beauté de son exemple. Cette beauté qui nous saisie en ce jour nous rappelle encore une fois qu’elle mène à Dieu. Comme l’écrit si bien Christian Bobin : « La
beauté vient de l’amour comme le jour vient du soleil, comme le soleil vient de Dieu, comme Dieu vient d’une femme épuisée par ses couches »[1]. Puisse Marie, la
mère de Dieu et notre Mère, nous aider à porter l’espérance de notre propre assomption auprès de Dieu à tous nos frères les hommes.
[1] Christian Bobin, Le Très-Bas, Gallimard, Paris, 1992, p. 23.
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