Vendredi 7 octobre 2011
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En 1994 (puis en 1999), l'écrivain italien Umberto Eco comparait la guerre qui opposait MS-DOS (puis Windows) au système Mac (Apple) à une guerre de religion. Au-delà de l'aspect amusant, le
texte traduit quand même une certaine philosophie ou conception de la vie qui animait le fondateur d'Apple: fournir des systèmes symples, cohérents, focntionels, beau et performant. Au moment au
iPapy (Steve Jobs) tire sa révérence, on aimera sourir à la lecture du texte.
Une nouvelle guerre de religion modifie subrepticement notre monde contemporain. J'en suis convaincu depuis longtemps, et
lorsque j'évoque cette idée, je m'aperçois qu'elle recueille aussitôt un consensus.
Ceci n'a pu vous échapper, le monde est aujourd'hui divisé en deux: d'un côté les partisans du Macintosh de l'autre ceux du PC
sous MS-Dos. Eh bien, je suis intimement persuadé que le Mac est catholique et le Dos protestant. Je dirais même plus. Le Mac est catholique contre-réformateur, empreint de la "ratio studiorum"
des Jésuites. Il est convivial, amical, conciliant, il explique pas à pas au fidèle la marche à suivre pour atteindre, sinon le royaume des cieux, du moins l'instant final de l'impression du
document. Il est catéchistique, l'essence de la révélation est résolu en formules compréhensibles, et en icônes somptueuses. Tout le monde à droit au salut.
Le Dos est protestant, voire carrément calviniste. Il prévoit une libre interprétation des Écritures, requiert des décisions
tourmentées, impose une herméneutique subtile, garantit que le salut n'est pas à la portée de tous. Faire marcher le système nécessite un ensemble d'actes personnels interprétatifs du logiciel:
seul, loin de la communauté baroque des joyeux drilles, l'utilisateur est enfermé dans son obsession intérieure.
On m'objectera que l'arrivée de Windows a rapproché l'univers du Dos de la tolérance contre-réformatrice du Mac. Rien de plus
exact. Windows constitue un schisme de type anglican, de somptueuses cérémonies au sein des cathédrales, mais toujours la possibilité de revenir au Dos afin de modifier un tas de choses en se
fondant sur d'étranges décisions: tout compte fait, les femmes et les gay pourront accéder au sacerdoce.
Naturellement, catholicisme et protestantisme des deux systèmes n'ont rien à voir avec les positions culturelles et religieuses
des usagers. J'ai découvert l'autre jour que Franco Fortini, poète sévère et tourmenté, ennemi déclaré de la société du spectacle, est un adepte du Mac. Cela dit, il est légitime de se demander
si à la longue, au fil du temps, l'emploi d'un système plutôt que d'un autre ne cause pas de profondes modifications intérieures. Peut-on vraiment être à la fois adepte du Dos et catholique
traditionaliste ? Par ailleurs, Céline aurait-il écrit avec Word, WordPerfect, ou WordStar ? Enfin, Descartes aurait-il programmé en Pascal ?
Et le langage machine, qui décide de notre destin en sous-main, et pour n'importe quel environnement ? Eh, bien, cela
relève de l'Ancien Testament, du Talmud et la Cabale. Ah, encore et toujours le lobby juif!
Umberto Eco, "Comment reconnaître la religion d'un logiciel ?"
dans Comment voyager avec un saumon.
A voir aussi, la célèbre conférence de Steve Jobs aux étudiants de Stanford en 2005:
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