Mercredi 10 juin 2009
Tout chrétien est appelé à rendre compte de l'espérance qui l'habite et le fait vivre. La rencontre du Christ en nos vies nous pousse à entrer toujours plus, pas après pas, dans le mystère de Dieu et de l'homme. Faire de la théologie n'est pas qu'une affaire de clercs, de prêtres ou de religieux. Tous nous avons à prendre part à cette intelligence de la foi que nous avons reçue et que nous sommes chargés d'annoncer au monde... En cette fin d'année scolaire et universitaire, au delà de l'été qui s'annonce, peut-etre que certains d'entre vous se posent la question de commencer des études de théologie à un niveau universitaire ? Celà est tout à fait possible, et beaucoup de propositions existent. Je voudrais vous en présenter deux de grandes valeur: une à Paris et l'autre dans le diocèse de Nice.

Vous pourrez, dans les deux cas, vous inscrire soit en tant qu'étudiant régulier (et valider les cours pour l'obtention des diplômes de théologie) soit comme auditeur libre (et ne suivre que les cours qui vous interesses).


Faculté de théologie de l'institut Catholique de Paris
Cours en journée (cylce A) ou en soirée (cycle C)
 
 



 
 

Faire de la théologie à un niveau universiatire dans le diocèse de Nice. Les cours ont lieu un week-end par mois, et le programe est cyclé sur 5 ans.

Pour plus de renseignement, vous pouvez aussi consulter le site du dicoèse de Nice


Par Sylvain Brison
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Lundi 8 juin 2009
Voici une très belle initiative dans la prolongaton du synode de l'Eglise des Alpes-Maritimes, l'ouverture d'un site entièrement consacré à la pastorale des jeunes du diocèse de Nice: www.jeuneseneglise06.com

Je vous laisse le découvir... Il est encore dans sa phase de construction mais les concepteurs ont tenu à vous faire participer à son élaboration. Visitez-le, et laisser un commentaire avec vos suggestions, vos avis, vos recommandations...
Ce site est fait pour vous, n'hésitez donc pas à vous exprimer sur le fond et la forme...

Et n'oubliez pas: les jeunes ne sont pas l'Eglise de demain. Ils sont l'Eglise aujourd'hui !!! Ils sont memebres de lEglise et participents déjà à l'avènement du Royaume des Cieux. C'est ensemble, chrétiens de tous ages que nous devenons ce que nous sommes dans la communion: le Corps du Christ.

Bonne route ! et Bon vent dans le souffle de l'Esprit.

PS/ vous povez aussi rejoindre le groupe facebook consacré à ce nouveau site.
Par Sylvain Brison
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Jeudi 28 mai 2009
Le Veni Sancte Spiritus est l'hypne de Pentecôte. Puissions-nous en ces jours saints accueillir la grâce toujours nouvelle de l'Esprit et avancer confiant sur les chemins du Royaume.



Veni, Sancte Spiritus,
et emitte caelitus
lucis tuae radium.

Viens, Esprit-Saint, en nos coeurs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Veni, pater pauperum,
veni, dator munerum
veni, lumen cordium.

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos coeurs.

Consolator optime,
dulcis hospes animae,
dulce refrigerium.


Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes
adoucissante fraîcheur.
In labore requies,
in aestu temperies
in fletu solatium.


Dans le labeur, le repos,
dans la fièvre, la fraîcheur,
dans les pleurs, le réconfort.

O lux beatissima,
reple cordis intima
tuorum fidelium.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu'à l'intime
le coeur de tous tes fidèles.

Sine tuo numine,
nihil est in homine,
nihil est innoxium.

Sans ta puissance divine,
il n'est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.
Lava quod est sordidum,
riga quod est aridum,
sana quod est saucium.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Flecte quod est rigidum,
fove quod est frigidum,
rege quod est devium.


Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

Da tuis fidelibus,
in te confidentibus,
sacrum septenarium.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.
Da virtutis meritum,
da salutis exitum,
da perenne gaudium,
Amen, Alleluia.
Donne mérite et vertu,
donne le salut final
donne la joie éternelle.
Amen, Alleluia.
Par Sylvain Brison
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Jeudi 21 mai 2009
Très peu de mots suffisent parfois à toucher le coeur du mystère. Ce matin en concélébrant la fête de l'ascension, j'ai fait l'intime expérience de la réelle beauté et de l'extrême justesse de la prière liturgique. A tel point que je ne trouve pas mieux que de vous partager ces beaux texte qui nous accompagennt dans notre marche vers Pentecôte. Très belle fête à tous.


1ère préface de l'Ascension

          Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
               de t'offrir notre action de grâce toujous et en tout lieu
               à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout puissant.
          Car le Seigneur Jésus,
               vainqueur du péché et de la mort,
               est aujourd'hui ce Roi de gloire
               devant qui s'émerveillent les anges:
           il s'élève au plus haut de cieux,
                pour être le Juge du monde et le Seigneur des seigneurs,
                seul médiateur entre Dieu et les hommes;
           il ne s'évade pas de notre condition humaine:
           mais en entrant le premier dans le Royaume,
               il donne aux membres de son corps
               l'espérance de le rejoindre un jour.

           C'est pourquoi le peuple des baptisés,
                rayonnant de la joie pascale,
                exulte par tout la terre,
           tandis que les anges dans le ciel,
                chantent sans fin l'hymne de ta gloire.

Bénédiction solennelle

Que le Seigneur tout-puissant vou bénisse:
il élève aujourd'hui son Fils dans la gliure et vous ouvre ainsi le chemin du ciel.
Amen.

Après sa résurrection d'entre les morts, Jésus s'est manifesté tout proche de ses disciples:
qu'il ait pour vous un visage de paix quand il viendra juger le monde.
Amen.

Vous savez qu'il s'est assis à la droite du Père;
mais cherchez-le, trouvez-le aussi près de vous,
jusqu'à la fin comme il l'a promis
Amen.

Et que Dieu tout-puisant...
Par Sylvain Brison
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Samedi 11 avril 2009

Pour l’amour du monde…
ou vivre en ressuscité

 

Nous sommes des enfants de cette Terre. Voilà la certitude absolue qui s’ancre profondément dans notre existence. Le monde dans lequel nous vivons est le nôtre. Cette phrase peut sembler lourde d’une écrasante banalité mais elle est décisive pour celui qui ose vivre dans sa vie quotidienne l’étonnante nouveauté du mystère pascal. Car il y va de la Vérité de l’Evangile. En ces temps pour le moins troublés, il n’est pas évident de discerner les signes visibles de la présence du Ressuscité. Les crises se superposent ou se liguent inexorablement dans des connivences surprenantes. De la crise financière, à la crise écologique, en passant par la crise des valeurs, de la foi et de la religion, jusqu’à considérer les crises ecclésiales qui ne manquent pas de secouer l’Eglise du Christ, nous en serions réduits à considérer dramatiquement un certain abandon du monde par Dieu. Mais comment considérer, avec les yeux de la foi, que celui qui n’a pas refusé de vivre notre vie, et qui n’a pas fui devant la mort puisse, à ce point se retirer de nos existences ? A n’en pas douter, si nous avions encore la folle utopie de nous en extraire, notre monde se charge de nous rappeler, à temps et à contretemps, cette exigence fondamentale de l’espérance chrétienne. Il est illusoire de se bercer de douces convictions qui nous cacheraient une certaine âpreté, pour ne pas dire amertume, face à la condition de notre vie présente. « Je ne suis plus dans le monde ; eux ils sont dans le monde, et moi je viens vers toi » (Jn 17, 11). Vivre dans le monde qui est le nôtre n’est pas évident. « Je leur ai donné ta parole et le monde et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jn 17, 14). Il est encore parfois encore moins évident de l’aimer tel que le Christ l’a aimé. « [Père,] comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyé dans le monde » (Jn 17, 18) Et c’est pourtant de cet amour que nous sommes appelés à naître et à vivre. La résurrection du Christ, est autant un défi d’espérance qu’une réalité de la foi. Elle entraine le croyant, parfois malgré-lui, dans le combat spirituel, dans la tension incompressible de la vie dans le monde. Vivre du mystère pascal c’est aimer le monde dans lequel nous vivons. L’aimer en le changeant, le convertir en l’aimant.

La vie donnée, la vie reçue


Vivre de la vie du Ressuscité implique quelque part une nécessaire mort à soi-même pour entrer dans la vie qui nous est promise : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Nos combats spirituels, dont Artur Rimbaud nous rappelle qu’ils sont aussi brutaux que les batailles d’hommes [1], nous introduisent dans cette Pâque décisive. Et puisque ces luttes spirituelles ne se cantonnent pas au pré tranquille de nos idées mais envahissent sauvagement tous les champs de notre vie, nous pouvons avoir l’impression d’être abandonné. Un peu comme si, selon l’étonnante perspective de Jean-Pierre de Caussade, Dieu nous abandonnait au temps présent [2]. Mais cet abandon à la fois apparent et quelque part nécessaire, souligne gravement qu’il nous faudra, tôt ou tard, apprendre à recevoir notre vie. Dans ces moments-là, où nous ne pouvons plus entrevoir de vie possible, nous devons prier de recevoir le don d'une vie que nous ne pouvons absolument pas imaginer, une vie qui ne peut venir que comme un don de Dieu. « Sur la croix, Jésus n'attend pas de vie imaginable, mais l'inconcevable et abondante vie que le Père lui donnera. Dans ces moments-là nous ne pouvons faire notre vie. Elle doit nous être donnée » [3]. Vivre comme un ressuscité c’est, au delà de la traversée des apparences, vivre de la vie que seul Dieu peut accorder, pur don de son amour et de son salut. Du haut de la Croix naît la jeune espérance qui ne cesse de grandir au milieu de nous. Dans ce lieu tragique qui ne laisse survivre aucun espoir, l’espérance est le seul compagnon du Sauveur. C’est dans cette perspective, et uniquement dans celle-ci, que nous pouvons vivre cet « abandon au monde présent » comme la grâce divine de cette joyeuse disponibilité à l’Esprit. Ainsi, la rencontre du frère en ce monde peut se révéler comme sacrement de l’éternité de Dieu.

Le défi de l’Espérance

Voilà bien un des défis de notre temps : la rencontre en vérité de nos frères en humanité. A l’époque de la mondialisation, du village planétaire, ils n’ont jamais été aussi proches et, paradoxalement, aussi loin de nous. A tel point qu’il semble bien qu’il n’y ait qu’une chose à faire : la fuite en avant… il n’est pas besoin d’en donner des exemples : le monde court si vite que nous n’avons jamais le temps de reprendre souffle ou de nous arrêter. Mais l’irruption de la Résurrection dans notre « aujourd’hui » nous entraine dans une autre relation. L’espérance se découvre d’une part comme don de Dieu dans la foi, et, d’autre part, comme anticipation de la vie du monde à venir par delà la souffrance et la mort. Sa force vient de la promesse faite à l’humanité à travers les figures d’Adam, d’Abraham, d’Israël, de Moïse… et accomplie pour toujours en Jésus Christ. Elle ne se confond pas avec un optimisme démesuré qui viendrait du monde. L’optimisme cherche à trouver appui sur des faits de la vie quotidienne pour se convaincre que demain sera meilleur… beaucoup de chrétiens (et de prêtres !) sombrent alors dans la désillusion lorsque les difficultés arrivent. L’espérance chrétienne nous invite à nous dessaisir, à quitter nos habitudes, à recevoir notre vie d’un Autre. L’espérance de notre Salut, réalisée en Jésus-Christ doit imprégner notre vie au point de convertir notre regard et de changer, par nos mains le monde qui nous entoure : bien plus de le transfigurer. Nous annonçons le Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ! Comment le vivre au quotidien ? La question est abrupte mais doit être posée. Cette mission de l’espérance ne se réalise que dans la relation interpersonnelle. Tout en étant incroyablement universelle, la Résurrection du Christ nous touche chacun intimement,  personnellement [4]
. L’Evangile parle au cœur. Et les récits des apparitions ne sont, en définitive que des rencontres personnelles au cœur de la vie des femmes et des hommes qui en sont saisis : Marie-Madeleine, Pierre, Jean, Thomas, le disciple que Jésus aimait, Paul, Cléophas… et la liste serait longue ! Il ne tient qu’à nous de vouloir, par la grâce de Dieu, y inscrire notre nom, en aimant nos frères et notre monde. Entendons-nous bien, il ne s’agit plus – si tant est que ce fut un jour le cas – d’aimer d’un amour si englobant qu’il ne touche en réalité personne, mais d’aimer concrètement des hommes et des femmes particuliers en guettant avec eux la lumière du Jour qui vient.

Entrez dans la communion lumineuse


Voici la nouvelle alliance en mon sang.
De la Pâque du Christ naît le Peuple de l’alliance. Dieu sauve les hommes et ne veut en perdre aucun. L’Eglise est le peuple des hommes rassemblés dans la pâle lumière du matin de la Résurrection. Christian de Chergé n’avait plus qu’un lancinant désir : plonger son regard dans les yeux du Père pour voir l’humanité entière toute illuminée de la gloire du Christ. Ce brûlant désir ne saurait être étranger au disciple de Pâque qui entraperçoit subtilement la mesure infinie de son propre Salut. Celui qui a éprouvé dans sa vie la douloureuse souffrance de son propre péché et la douceur du pardon accordé gratuitement ne peut plus poser un regard cynique ou désespérer, ni sur le monde, ni sur ses frères. L’Esprit du Ressuscité l’envoie vers le monde et dans le monde pour y vivre de la vraie vie. Tous les actes d’amour qui relèvent et révèlent la dignité de notre humanité, les plus petites parcelles de joies répandues dans la boue et la cendre de nos faiblesses, le courage de la Parole proclamée dans nos surdités, sont les sacrements de la Pâque éternelle du Fils. La Résurrection de Jésus nous situe dans une nouvelle relation au monde qui aspire de toutes ses forces à la réalisation en son sein du Royaume des Cieux. La communion dans laquelle nous avons été établie nous tourne radicalement vers cette belle réalité : Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas mais obtiendra la vie éternelle.

La vie du Ressuscité avec le Ressuscité


La vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Et plus encore quand nous la recevons de celui qui nous à aimer jusqu’à nous donner son Fils. Entrer dans l’espérance de la Résurrection, c’est déjà vivre par une mystérieuse anticipation ce que nous serons appelé à être. C’est actualiser ici et maintenant le Royaume des Cieux. Se mettre au service du prochain par amour pour lui. Se saisir du monde pour l’aimer et non le rejeter. Pour y annoncer l’extraordinaire nouvelle de la Vie de Dieu en Jésus Christ. Avant de vivre sa Pâques, Jésus disait à ses disciples: « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). Il n’a pas dit, à la manière d’un romantique : « aimer, c’est être prêt à donner sa vie pour celui qu’on aime ». L’amour ne se satisfait pas d’une capacité à « être prêt », il exige le don total. La joie de Pâques vient de ce don de l’amour. Sommes-nous prêts à aimer en nous donnant ? Voilà le chemin du Ressuscité, celui d’Emmaüs où il marche à nos côtés, avec nous, en se donnant encore et toujours dans la Rencontre, dans la Parole et dans le Pain. Ne détestons pas le monde dans lequel nous vivons, mais aimons-le comme le Christ nous a aimé : enfants de cette Terre nous seront alors, tous ensemble et pour l’éternité, les enfants du Royaume promis.

 

 

P. Sylvain BRISON



[1] Arthur Rimbaut, « Adieux » dans Une saison en enfer.

[2] Cf. Robert Scholtus, Faut-il lâcher prise ? Splendeurs et misères de l’abandon spirituel, coll. « Christus », Bayard, Paris, 2008, p. 89.

[3] Timothy Radcliffe, « La promesse de Vie », dans Je vous appelle amis, Cerf, Paris, 2000.

[4] Personnellement et non individuellement !

Par Sylvain Brison - Publié dans : C'est tout moi...
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Dimanche 5 avril 2009


Depuis le mois de septembre dernier, je participe "joyeusement" à l'emission Génération sur Radio Notre Dame. Le principe de l'emission est simple: autour d'un sujet de foi, de vie quotidienne, d'actualité: une équipe dynamique et un prêtre (dynamique lui aussi, enfin il essaye) pilotés par Marco. L'emission s'adresse en priorité aux jeunes de 15 à 30 ans, d'où le rythme un peu enlevé.

Mais je vous parlerai de l'emission une autre fois... L'occasion de ce court billet est de vous dire que nous avons enreistré Marco et moi des méditations pour la semaine sainte qui seront diffusées à la place de l'emission du mardi au vendredi saint.

Vous pouvez les écouter:

          - Soit en direct de 21h à 22h sur Radio Notre Dame (107.7 FM) si vous êtes en région parisienne.

          - En direct sur Internet à l'adresse suivante: http://www.radionotredame.net/ (cliquez sur le haut-parleur vert)

          - En podcast à télécharger normalement à l'adresse suivante: http://radionotredame.net/podcast/generation.xml



Voici le programme des diffusions (de 21h à 22h):

          - Mardi  7 avril : Prologue et L'entrée à Jérusalem

          - Mercredi 8 avril: Le lavement des pieds et la sainte Cène

          - Jeudi 9 avril : Le baiser de Judas et le jugement de Jésus

          - Vendredi 10 avril: La mort de Jésus en croix et l'Anastasis



Retrouvez les tableaux d'Arcabas et les textes de Frabrice Hadjadj qui ont inspiré ces échanges dans:
Arcabas, Passion et Résurrection, Editions du Cerf., Paris.

Par Sylvain Brison
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Mardi 31 mars 2009
Lettres aux catholiques troublés
de Timothy Radcliffe, ancien maître de l'ordre dominicain
publié dans La Croix, édition du 3 mars 2009.


C’est un moment embarrassant pour qui est catholique. Au Vatican, il y a eu des erreurs de communication, un manque de consultation et des déclarations aux mots mal choisis qui ont pro¬voqué de violentes réactions dans la presse et de vigoureuses interventions de dirigeants internationaux. Cela a suscité affliction et scandale chez beaucoup de catholiques, y compris des évêques, et endommagé la ré¬putation de l’Église. Des personnes se sont même demandé comment elles pouvaient continuer à appartenir à l’Église.

Nous restons parce que nous sommes des disciples de Jésus. Croire en Jésus, ce n’est pas adopter une spiritualité privée ou un code moral. C’est accepter d’appartenir à sa communauté. Ceux qu’il a appelés à le suivre marchent ensemble. Selon un vieil adage latin, Unus christianus, nullus christianus : un chrétien isolé n’est pas un chrétien.

Mais pourquoi devrais-je rester membre de cette Église-là ? Pourquoi ne pourrais-je rejoindre une autre communauté chrétienne dont les positions officielles ou les manières d’agir seraient moins embarrassantes ? Nous touchons là au cœur même d’une compréhension catholique de l’Église. Dès l’origine, Jésus a appelé dans sa communauté les saints et les pécheurs, les sages et les fous. Il a dit:  « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs » (Matthieu 9, 13). Et il continue à le faire, sinon il n’y aurait pas de place pour quelqu’un comme moi. Une communauté admirable de personnes merveilleuses et vertueuses, qui ne ferait jamais d’erreurs, ne serait pas un signe du Royaume de Dieu.

Je ne pourrai jamais quitter l’Église catholique car je crois que Jésus nous appelle à vivre ensemble comme un seul Corps. Dans l’Évangile de Jean, peu de temps avant sa mort, Jésus a prié son père pour ses disciples « afin que tous soient un » (Jean 17, 21). Une vague unité spirituelle ne suffit pas. Nous croyons en l’Incarnation, la Parole de Dieu qui se fait chair. L’Église catholique est le signe visible, incarné, de l’unité à laquelle Jésus nous appelle. J’ai une immense admiration pour beaucoup de chrétiens qui appartiennent à d’autres Églises, leur exemple m’inspire, leur théologie m’instruit. Mais, pour moi, quitter l’Église catholique serait renier l’appel radical de Jésus à réunir les saints et les pécheurs, les vivants et les morts.

Au cœur de notre vie chrétienne, il y a l’immense vulnérabilité du Dernier repas. Jésus se met dans les mains de ses disciples :  « Prenez, ceci est mon corps donné pour vous de tout le genre humain ».  L’un d’entre eux l’a trahi, un autre l’a renié, la plupart se sont enfuis. Appartenir à l’Église, c’est accepter un tout petit peu de cette vulnérabilité. Nous acceptons d’être impliqués dans les échecs de l’Église comme dans son héroïsme, dans sa folie comme dans sa sagesse, dans ses péchés comme dans sa sainteté. Et l’Église m’accepte moi aussi avec mes péchés et ma stupidité. C’est pour cela qu’elle est « signe et sacrement de l’unité » (Vatican II, Lumen gentium n. 1, 1).

Cependant, nous sommes bien dans un moment de crise de l’Église. Mais les crises peuvent être fructueuses. Le Dernier repas fut la crise la plus profonde que l’Église ait connue : Jésus était sur le point de subir une mort humiliante et la communauté était dispersée. À chaque Eucharistie, nous rappelons comment Jésus en a fait le moment d’une in¬timité plus profonde, le don de son corps et de son sang. Après la Résurrection, l’Église était déchirée. Les Gentils seraient-ils acceptés dans l’Église et seraient-ils forcés d’accepter la Loi ? La communauté était sur le point de s’effondrer mais elle a survécu pour s’ouvrir aussi à nous, les Gentils. Après le martyre de Pierre et Paul, beaucoup croyaient que Jésus était sur le point de revenir. Mais ce ne fut pas le cas. Ce fut une crise inimaginable de l’espérance mais elle a conduit à rédiger les Évangiles. Toute crise, si elle est vécue dans la foi, conduit à un renouveau et à une nouvelle vie.

La crise que nous endurons en ce moment est vraiment modeste, comparée à celles subies par nos ancêtres. La crise moderniste, il y a un siècle, fut ainsi beaucoup plus sévère. Cependant, notre petite crise peut être fructueuse si nous la vivons dans la foi.

Quels pourraient être ces fruits ? Tout d’abord, d’encourager un débat plus ouvert à l’intérieur de l’Église. Depuis les traumatismes de la Réforme, chaque confession chrétienne s’est montrée nerveuse lorsqu’il s’agit de débattre de sujets de dissensions, craignant que cela ne mette en péril l’unité. Mais c’est seulement par un débat rationnel et charitable que nous pouvons témoigner de notre foi. Le pape lui-même a essayé d’introduire davantage de débat dans l’Église, par exemple au Synode des évêques. Mais nous restons nerveux à l’idée d’échanger avec ceux qui ont des idées différentes. C’est un manque de confiance dans l’intelligence que nous avons reçue de Dieu. N’ayons pas peur du débat.

L’Église, par ailleurs, a résisté aux tentatives de domination de gouvernements autoritaires: les empereurs romains, les monarques absolus des Lumières, les grands empires du XIXe siècle, le Parti communiste en Europe orientale… Ces batailles, nécessaires pour défendre la liberté de l’Église, ont conduit à une structure de gouvernement trop centralisée et éloignée du collège des évêques. Le moment est venu de les intégrer davantage dans le processus de décision. La réaction vigoureuse de certains évêques à la situation présente laisse espérer un rééquilibrage en ce sens. La lettre, humble et émouvante, de Benoît XVI aux évêques sur la question intégriste montre son attention à leurs préoccupations et son souhait d’être en dialogue avec eux. Donc, n’ayons pas peur, ayons espoir.


fr. Timothy Radcliffe, op.

 

Par Sylvain Brison
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Mardi 17 mars 2009
Sans commentaires... Voici de quoi soutenir la réflexion pour ne pas tomber dans le désarroi ou la paresse intellectuelle. Et de grâce , ne tombons pas dans une morale asfixiante car dénuée de tout sens pratique et d'attentions aux circonstances... Il n'y a rien de prire que de s'empêcher de réfléchir !

Les Chrétiens et la sexualité au temps du SIDA
Editions du Cerf, Paris, 2007, 144 p., 15 €

Dans la longue histoire des théories et des pratiques chrétiennes face à la sexualité, le dernier quart de siècle, marqué par l'irruption du fléau du sida et par de rapides évolutions des mœurs, soulève des questions neuves. Tel est l'horizon des contributions de Lytta Basset, pasteur et psychanalyste en Suisse ; d'Éric Fassin, sociologue, de Paris ; de Timothy Radcliffe, ancien Maître de l'ordre des Dominicains, d'Oxford. Autour de leurs textes se déploient discussions, prises de positions et témoignages. L'ensemble ayant choisi de se limiter au monde occidental, un point de vue africain vient en écho, ouvrant d'autres perspectives.

Ce livre est né d'un colloque tenu en 2006 à La Villette, à Paris, organisé par Chrétiens & sida : cette association œcuménique, forte de quinze années de confrontation avec l'épidémie, désirait pousser ainsi la réflexion et la proposer à un large public. Elle n'offre pas ici quelque synthèse bien bouclée, mais une pensée en travail, à l'écoute de l'Évangile et de la tradition des Églises, comme de ce qui bouillonne en notre temps et que révèle de façon aiguë le sida, avec souvent beaucoup de souffrance et parfois beaucoup de sainteté.
 

Par Sylvain Brison
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Jeudi 12 mars 2009
Le pape Benoît XVI vient de rendre publique la lettre qu’il a adressé le 10 mars dernier aux évêques de l’Eglise catholique à propose de la levée de l’excommunication des quatre évêques lefèbvristes.

Il est particulièrement heureux que le pape ait voulu apporté de lui-même les éclaircissements dont l’Eglise a besoin pour retrouver sinon la paix, au moins la sérénité nécessaire à la réflexion qui doit maintenant s’engager. Il reste quand même regrettable que le décret de levée des excommunications n’ait pas été accompagné d’une lettre de cette teneur, à l’instar de ce que le pape avait voulu lors du motu proprio Summorum pontificum. Sans doute cette précaution aurait permis de contenir les réactions contradictoires qui sont apparues. Mais on ne refait pas l’histoire et il est beau de voir comment le pape relit et analyse ce qui s’est réellement passé.

Ce document porte en lui la double marque de la qualité de réflexion dont notre pape sait user et de l’ouverture spirituelle, dans la vérité, dont il fait preuve en regardant avec lucidité ce que l’Esprit dit à l’Eglise. La lettre est dense et particulièrement bien écrite et mérite en cela d’être lue avec attention.

Je dispose de peux de temps dans l’immédiat pour en donner un commentaire. Si mon travail personnel avance bien, je vous donnerai une courte analyse dans quelques jours.
En attendant, je vous souhaite une bonne lecture et une belle réflexion.
Par Sylvain Brison
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Mercredi 11 mars 2009

Trop, c'est trop ! A force de devoir dire « ses coup de gueule », nous finirions par croire que nous vivons au mieux dans un monde de fous, au pire avec des êtres dénués de tout sens profond, de compassion et d'amour. Mais quelque part, est-ce que la résistance naturelle de notre esprit face aux incompréhensibles attitudes de nos « dirigeants » ne serait pas un signe de l'Esprit qui crie en nous ? Grâce à un ami jésuite, j'ai relu aujourd'hui un très beau texte de Charles Péguy qui interpelle notre santé spirituelle. Voici le début :

«  Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme perverse. C'est d'avoir une âme habituée » (1).

Et bien moi je le dit tout haut : je refuse d'avoir une âme habituée. Et je suis heureux de voir que nombre de mes frères chrétiens montrent qu'eux non plus. Après la bourde de Ratisbonne où le pape Benoît XVI a mesuré à son corps défendant qu'il n'était plus le professeur Ratzinger, les nominations épiscopales de l'évêque de Varsovie et de l'auxiliaire de Linz tellement aberrantes qu'il a fallut se débrouiller pour les annuler au dernier moment, la levée des excommunications des quatre évêques lefébvristes sans aucune consultation du collège épiscopal, on pensait avoir atteint des sommets dans l'incohérence ecclésiale. A chaque fois, le peuple chrétien avait « sainement » réagit en faisant entendre son mécontentement sur ces manières de procéder... Ces dernières semaines furent rudes mais ont permis aux chrétiens de mesurer la profondeur de leur attachement au Christ et la vérité de leur amour de l'Eglise (2).

On croyait être tranquille pour quelque temps ; on pensait (à tort !) pouvoir souffler un peu dans notre rôle de « défenseur-souffrant » de l'Eglise, mais, en ce temps de carême et de désert, l'institution ecclésiale ne nous laisse aucun répit. La nouvelle est tombée. Elle a résonnédans notre monde comme un coup de tonnerre : la foudre est tombée sur l'illusion de notre justice. L'évêque de Recife au Brésil vient d'excommunier la mère d'une fillette de neuf ans, ainsi que l'équipe médicale, parce qu'ils avaient procédé à l'avortement des jumeaux qu'elle portait suite aux viols répétés depuis trois ans par son beau-père. Je passe sur les sordides arcannes de cette situation et de cette décision. Et comme si la douleur n'était pas assez vive, il faut que le cardinal Ré confirme la décision de l'évêque ! Comme aurait dit Desproges ou Audiard : « Mieux vaut se taire et passer pour un con que de l'ouvrir et de ne laisser aucun doute à ce sujet ». Pardon, je m'emporte ! Mais, ce langage un peu cru est le fruit d'une profonde souffrance spirituelle.

Concrètement, je ne souhaite pas revenir sur le débat purement moral de l'affaire. Je laisse à d'autres théologiens, plus spécialiste que moi, la délicate question de l'évaluation morale de la situation. La réflexion que je souhaite engager ici ne concerne pas directement l'avortement (qui soit dit en passant, en l'espèce se rapproche plus d'une ITG que d'une IVG (3)). Mais trois questions doivent être posées : Quelle aurait dû être la réaction de l'Eglise institutionnelle face à ce drame inextricable ? L'observance de la loi juridique ne provoque-t-elle pas une injustice spirituelle, dénuée d'amour et de compassion ? Finalement, ne sommes-nous pas redevenus des pharisiens postmodernes ?

Ces questions doivent être posées. J'irais même plus loin : elles doivent être posées et ne pas être résolues trop vite. Je vous invite cependant à lire les réactions de Koz et de Bruno Frappat. Quant à moi, il me semble que dans de telles situations, défendre une conception éthérée de la morale ne sert à rien, bien plus elle fait souffrir et rajoute une douleur insupportable à des situations humaines proches de la crucifixion. Où se trouve la compassion que le Christ exige de nous dans la déclaration de l'évêque de Recife et du cardinal Ré ? Le scandale est d'autant plus grand que rien n'est quasiment dit du beau-père violeur et pédophile : à lire trop linéairement on en arriverait à croire que pour l'Eglise, il vaut mieux être pédophile et violeur que de subir un avortement ! Hier, alors que je célébrais la messe, l'âme lourde de tout cela, je fus interpellé vivement par l'évangile du jour : « Les scribes et les pharisiens lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt ». A chaque fois que l'homme s'érige en juge ou condamnateur, il se prend pour Dieu et court ainsi à sa perte : les pépins du fruit du jardin perdu remontent parfois avec les relents du péché.

Le rôle de l'Eglise n'est pas de condamner et certainement pas de mettre cette famille à l'index en la livrant en pâture aux bien-pensants et aux extrémistes de tout bord. La place de l'Eglise est celle du Christ : lui qui souffre avec nous et pour nous. L'Eglise doit se tenir sous la croix de son Seigneur et ne pas vouloir ni s'en éloigner, ni monter dessus. L'Esprit m'a conduit à relire tout récemment le livre de Dietrich Bonhoeffer sur la vie communautaire. En parlant de la confession des péchés, il peint le portrait du confesseur que le Christ aime et qui communique justement le pardon de Dieu. C'est cet homme qui se tient sous la Croix que nous trouvons plantée au cœur de nos vies que nous devons devenir :

« Qui vit sous la croix de Jésus,  qui a reconnu dans la croix de Jésus la plus profonde impiété de tous les êtres humains et de son propre cœur, n'est plus surpris par aucun péché ; et parce qu'un jour il a mesuré avec épouvante l'horreur de son propre péché qui a cloué Jésus sur la croix, il ne peut plus s'effrayer des péchés du frère, si graves soient-ils. Il connaît le cœur humain par la croix de Jésus. Il sait l'immensité de sa perdition dans le péché et la faiblesse (...) et il sait que tout cela est accueilli dans la grâce et la miséricorde. Aussi seul le frère qui se tient sous la croix peut-il entendre ma confession. Ce n'est pas l'expérience de la vie, mais l'expérience de la croix qui fait le confesseur. Le plus expert en humanité en sait infiniment moins  sur le cœur humain que le simple croyant qui se tient sous la croix du Christ. (...) Par le contact journalier et sérieux avec la croix du Christ, le chrétien se départit de l'esprit de jugement humain et de l'esprit d'indulgence : il reçoit l'esprit du sérieux divin et de l'amour divin. L'expérience de la mort et de la résurrection du pécheur par la grâce devient pour lui une réalité quotidienne. Il aime ainsi ses frères avec l'amour miséricordieux de Dieu qui, à travers la mort du pécheur, conduit à la vie d'enfant de Dieu. » (4)

Depuis plusieurs années, je veux être celui qui se tient sous la croix. Cet effort de chaque jour est en lui même un authentique combat spirituel. Ma vocation tient aussi sans doute à cela. L'Eglise se tient sous la croix de son Seigneur et doit y rester jusqu'à l'aube de sa Pâque. Et si humainement elle subit la tentation de s'en aller, alors il nous faudra l'interpeller à temps et à contre-temps pour la faire rester là où est sa propre vocation. Du pied de cet arbre étrange, je voudrais dire à cette famille brésilienne qui souffre mon amour en Christ et mon pardon pour les blessures infligées par l'Eglise. De là, en les invitant à lever les yeux, ils verront le Christ sur la croix qui donne son pardon, sa vie et son amour. « Espérez : la lumière de Pâque se lève à l'horizon ».



(1)    Charles Péguy, « Les honnêtes gens » dans Œuvres en prose (1909-1914)
(2)    A ce sujet je vous invite à lire : Mgr Claude Dagens, Méditation sur l'Eglise catholique en France : libre et présente, Cerf .
(3)     ITG : Intervention Thérapeutique de Grossesse. Le jugement moral n'est pas le même. La loi du double effet peut imposer de sauver la vie de la mère si elle est en danger de mort en menant sa grossesse à terme.
(4)    Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire, Labor et Fides, p. 101-102.

Photo: (c) Pierre-Yves Dallenogare
Par Sylvain Brison
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