Le séminaire des Carmes viens de faire sa recolection de carême. Il nous a été donné de découvrir la figure de
Madelein Delbrêl. Je
vous partge un de ses très beau texte en espérant vous donner le goût d'en lire plus.
La Parole de Dieu, on ne l'emporte pas au bout du monde dans une mallette : on la porte en soi, on
l'emporte en soi. On ne la met pas dans un coin de soi-même, dans sa mémoire, comme sur une étagère d'armoire où on l'aurait rangée. On la laisse aller jusqu'au fond de soi, jusqu'à ce gond où
pivote tout nous-même. On ne peut pas être missionnaire sans avoir fait en soi cet accueil franc, large, cordial, à la Parole de Dieu, à l'Évangile. Cette Parole, sa tendance vivante. elle est de
se faire chair, de se faire chair en nous.
Et quand nous sommes ainsi habités par elle, nous devenons aptes à être
missionnaires.
Mais ne nous méprenons pas. Sachons qu'il est très onéreux de recevoir en soi le message intact. C'est pourquoi tant d'entre nous le retouchent, le mutilent,
l'atténuent.
On éprouve le besoin de le mettre à la mode du jour comme si Dieu n'était pas à la mode de tous les jours, comme si on retouchait Dieu.
Si le Missionnaire-Prêtre est le porte-parole de la Parole de Dieu, nous missionnaires sans sacerdoce nous en sommes une sorte de sacrement.
Une fois que nous avons connu la Parole de Dieu, nous n'avons pas le droit de ne pas la recevoir ; une fois que nous l'avons reçue. nous n'avons pas le droit de ne
pas la laisser s'incarner en nous ; une fois qu'elle s'est incarnée en nous, nous n'avons pas le droit de la garder pour nous ; nous appartenons dès lors à ceux qui l'attendent.
Le temps des martyrs passe et revient. mais le temps des témoins dure sans cesse et témoins veut dire martyrs.
Cette incarnation de la Parole de Dieu en nous, cette docilité à nous laisser modeler par elle, c'est ce que nous appelons le témoignage.
Texte écrit en 1943
Publié dans Missionaires sans bateaux, p. 64 et dans Nous autres, gens des rues, p. 75.
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