Jeudi 30 juin 2011 4 30 /06 /Juin /2011 15:39

tesson-copie-1.jpg Dimanche de Pentecôte, cathédrale de Verdun, vers 17h. Franck vient d’être ordonné prêtre a cinquante ans passés. Quelques minutes auparavant, avec les autres prêtres, j’avais posé mes mains sur sa tête et invoquant l’Esprit de vérité pour qu’il achève en lui ce que Dieu avait commencé... De manière visible, rien n’avait vraiment changé en lui. Et pourtant, il semblait avoir une autre stature, une autre posture. Non pas quelque chose de superflu ou d’extraordinaire, mais une attitude profondément authentique. Il était devenu ce qu’il était appelé à être, il atteignait la hauteur de son humanité. Il était prêtre, naturellement, comme si ses cinquante années de long cheminement avaient achevé de le façonner. Ce bonheur de voir un homme être lui-même fait parti de ces rares moments dans une vie où le désordre de nos vies semble vouloir se réordonner. Il en est ainsi de la grâce de l’Esprit. Alors que nous profitons généralement de notre été pour nous reposer, peut-être pourrions-nous approfondir ce que nous sommes et simplement être nous-même afin de redécouvrir le bonheur d’être soi dans la liberté de l’Esprit. Et si, tout simplement, le chemin de la paix et de l’amour commençait par là ?

 

Billet d'humeur pour Azur Information de Juillet/Août 2011

PS: Dans le même style: voir le commentaire du dessin

Par Sylvain Brison
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Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 16:14

Nouveau mois, nouveau billet d'humeur pour Azur Informations...


 

cartes.jpgQui aurait pu croire que la  notion de fidélité aurait autant de succès dans une société de consommation comme la nôtre ? Voilà un étrange paradoxe. Alors que les sirènes populaires chantent à tue-tête les airs suaves de l’épicurisme papillonnant, les sociétés commerciales, tels des marins bienveillants, tentent de nous arrimer, pauvres Ulysse que nous sommes, au mât de la fidélité. Pour s’en rendre compte il suffit de sortir de notre portefeuille les innombrables cartes « privilèges » que nous y avons peu à peu glisser. Il y en a de toutes sortes : depuis les celles des compagnies nationales de transport jusqu’à celle du boucher au coin de la rue. L'accumulation de points, miles, ou autres jetons devient une véritable compétition. Mais ne rêvons pas : pour nous permettre d’arriver à la hauteur des primes qu’elles nous font miroiter, ces sociétés nous aideront volontiers à nous délester des quelques billets qui nous restent et d ‘un peu de notre liberté. La vérité est que cette fausse fidélité est trop intéressée. La  vraie fidélité est bien au contraire est un chemin dans lequel, si nous sommes gagnant au bout du compte, nous ne calculons pas le prix de nos engagements. La fidélité trouve sa joie et sa récompense dans le bonheur de la rencontre unique et régulière, dans cet échange libre et gratuit d’une volonté qui se donne à l’autre, dans l’union d’un amour qui ne peut s’acheter… Dieu nous donne de le vivre avec lui ; il ne nous a pas fait de carte de fidélité.

Par Sylvain Brison
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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 16:56

En repensant depuis quelques jours aux questions soulevées par mon précédent billet, je me suis souvenu d'une "vraie belle histoire juive" rapportée par Elie Wiesel dans Célébration hassidique. N'ayant pas le texte à portée de main en ce moment, je me permets de vous le racconter ici avec mes mots (je vous donnerai la référence exacte à mon retour à Paris). Je trouve que celà constitue un beau pont entre le chemin de conversion et la célébration de la Pâques... 

 

 

Le-combat-de-jacob-avec-l-ange.jpgUn jeune hassid était très assidu à l'enseignement de son Maître. Un jour il rencontra une jeune fille et tomba éperdument amoureux. Le père de la fille consentit à lui donner en mariage s'il renonçait pour toujours à retourner auprès de son Maître. Le jeune homme accepta. Quelques temps plus tard - quelques années peut-être - pris de nostalgie, il decida de revoir ses anciens compagnons. A son retour, le beau-père furieux le traîna chez le rabbin local, qui, après avoir consulté la Loi, pronnonça son jugement: le jeune homme avait rompu son voeu, il devait divorcer sur le champ. Se retrouvant à la rue sans ressource, il erra le coeur déchiré d'asile en asile et fini par mourrir rapidement.

Eh bien, lorsque le Messie viendra, le jeune homme intentera un procès à son beau-père et au rabbin, coupables d'avoir hâté prématurément sa mort. Le beau-père dira: "J'ai obéi au rabbin"; le rabbin dira: "j'ai obéi à la Loi". Et le Messie répondra: "Le beau-père à raison, le rabbin à raison, la Loi a ses raisons". Pouis il embrassera le jeune plaignant et lui dira: "Mais moi qu'ai-je à voir avec eux ? Moi, je suis venu pour ceux qui n'ont pas raison".

Par Sylvain Brison
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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 12:01

Cling, grr, chnonk…

 

Bientôt la grande fête de Pâques. Le carême est passé cette année encore si vite, presque comme une partition d’orgue de barbarie, qui se joue en nous sans que nous ayons beaucoup d’effort et d’attention à lui porter. Et puis, soudain, le mécanisme se grippe au détour d’une réalité. La partition refuse d’avancer, et vous ne parvenez plus à faire tourner la manivelle ; Vous n’avez d’autre choix que de vous arrêter et de retrousser les manches.

 

Que s’est-il passé ? Je suis tombé (et pas si fortuitement que ça) sur cette sainte colère de Christine qui, en éclatant, m’a rappelé cette douloureuse réalité de mon Eglise qui n’est pas toujours aussi bien ajustée au mystère dont elle prétend vivre. (S’il vous plaît, lisez l’article de Christine en entier avant de poursuivre ici).

 

Que faisons-nous donc des ces NON-baptisés de Pâque ? Les condamnons-nous à se tenir dans l’obscurité, dans l’anonymat du nom qui leur est refusé, en leur demandant de ne pas trop faire de vagues ? Oui, je dis « nous » car, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou le découvrions, nous avons tous, membres de l’Eglise, notre petite part de complicité, ce petit grain de sable, qui vient justement gripper le mécanisme si bien roder de notre petite vie spirituelle routinière.

 

Il y a des choses graves où la seule mesure c’est l’excès

 

Certains pourraient trouver qu’il est facile de crier à corps et à cris, de se mettre en colère et que, après tout, même si « ça soulage », ce n’est tout de même pas très chrétien ! Et bien, ne leur en déplaise, l’Esprit choisi parfois de passer dans le souffle d’un éclat de voix. Souvenons-nous du Christ, dévoré par le zèle de la maison de Dieu, chassant les marchants du Temple. Alors, certes, nous ne sommes pas le Christ, mais, comme le rappelle le grand et fin théologien qu’est Maurice Bellet : « Il y a des choses graves où la seule mesure c’est l’excès » (1).

 

Et puis, Christine à raison, il faut remettre les choses à leur juste place, savoir aussi de temps en temps poser les bonnes questions et mener les vrais combats. La conversion n’est-elle pas un chemina avant d’être un état de fait ? Qu’est ce qui est le plus important : le saisissement opéré par Dieu dans la vie des gens ou l’analyse juridique de leur existence ? Le désir de conversion ou le constat de l’échec ? La liberté du salut que donne la grâce ou la pesanteur carcérale du péché ? Le Salut donné par le Christ, ou le pouvoir du Malin ?

 

L’Eglise est la croix sur laquelle le Christ est crucifié

 

L’Eglise est sainte et pécheresse. Ce constat prend trop souvent un goût amer. S’il nous faut l’accepter, il ne faut pas nous en satisfaire. Dans son dernier livre, William Cavanaugh explore la nature pécheresse et visible de l’Eglise (2) en osant cette formule provocante : « Le Christ est crucifié sur la croix qu’est l’Eglise ». Je vous invite également à lire ce chapitre étonnant qui donne de la profondeur. En voici justement un extrait saisissant :

 

« [Le péché des membres de l’Eglise] ne saurait cependant réduire à néant le pouvoir de la croix. L’Eglise n’est jamais loin de la croix (…). Le lien qui existe entre l’Eglise et la croix est double. Si d’une part, l’Eglise est véritablement le Corps du Christ, alors elle est "co-crucifiée" avec lui. C’est justement en tant que pécheresse qu’elle est  crucifiée avec le Christ dont la mort marque la "mort au péché" de l’humanité (3). L’Eglise est d’autre part, en tant que représentante de l’humanité pécheresse, la croix elle-même sur laquelle le Christ est crucifié. Comme Romano Guardini l’écrit de manière suggestive, "aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est un fait historique que l’imperfection participe de l’Eglise temporelle.  Le Christ continue de vivre dans l’Eglise, mais il y vit souvent en crucifié. L’on pourrait presque dire en parabole que les imperfections de l’Eglise sont la Croix du Christ" (4) » (5).

 

Si le péché de l’humanité qui met à mort Jésus peut obscurcir la nature de l’Eglise, nous savons que le pouvoir rédempteur du Christ est le plus fort : au matin le tombeau était vide ! C’est ce même élan qui a saisi Jean, Virginie, Julien, et qui les a poussé à demander le baptême que l’Eglise leur a refusé, qui viendra à bout de nos réticences et de nos erreurs. C’est un grand mystère : nous seront convertis, nous seront sauvés dans les lieux même de nos plus grandes trahisons au Christ, par l’amour que nous n’auront pas eu pour nos frères mais que le Sauveur, lui, nous donnera.

Reste, cependant, que la conversion ne tombe pas non plus du ciel sur notre torpeur : il nous faut y consentir et y travailler, et le chemin semble encore long !

 

Dieu peut bénir des choses que l’Eglise ne saurait approuver

 

Alors que faire ? Je n’ai pas de solution miracle. Chacun à son rôle : Christine en dénonçant avec fracas l’hypocrisie qui nous saisie, moi en tentant d’y réfléchir et de faire avancer pas à pas, et vous ?

 

A Jean, Virginie et Julien, je voudrais dire que, surtout, ils ne perdent ni l’espérance ni la joie que la rencontre du Christ a fait naître en eux. Face aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils les gardent comme un trésor précieux. Qu’ils ne l’oublie pas non plus : « Dieu peut bénir des choses que l’Eglise ne saurait approuver » (6) et il continuera d’agir dans leur vie comme il a commencé. Je souhaite, prie et espère que dans votre route vous rencontriez des Chrétiens avec la foi chevillée au corps et qui vous permettront de grandir avec lui, avec nous. Je vous demande aussi de prier avec insistance pour notre propre conversion et que l’Esprit de celui qui a ressuscité d’entre les morts décille nos yeux pour nous permettre de le voir déjà agissant dans vos vies et dans les nôtres.

 

*

*   *

 

Ce qui est dit est dit… L’orgue de Barbarie peut se remettre en marche, même si désormais il continuera d’égrener quelques fausses notes me rappelant à temps et contretemps à l’amour de mes frères et notre besoin de conversion…

 

 

 

 

(1) Maurice Bellet, Minuscule traité acide de spiritualité, Bayard, Paris, 2011, p. 60.

(2) William Cavanaugh, « The Sinfulness and Visibility of teh Church : A Christological Exploration » dans Migrations of the Holy, 2011, p. 141-169. (Vous trouverez la traduction française dans Migrations du Sacré, Ed. Homme Nouveau, 2010 ; cependant la traduction est parfois un peu libre)

(3) Hans Urs von Balthasar, Le mystère Pascal, p. 131

(4) Romano Guardini, cité dans G. Noel, The Anatomy of the Catholic Church, p. 13.

(5) William Cavanaugh, Migrations of the Holy, p. 161-162 (Migrations du Sacré p. 201).

(6)Maurice Bellet, op. cit., p. 85.

 

 

 

Par Sylvain Brison - Publié dans : C'est tout moi...
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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 09:53

Beaucoup pourraient croire que les seules personnes qui ne s’ennuient pas à la messe sont les prêtres. En effet, même les théologiens le reconnaissent volontiers : « [Quand nous allons à la messe], nous n’avons pas peur pour nos vies, à moins que nous considérions la peur de mourir d’ennui» (1)  Est-ce dû au fait que, puisque les prêtres parlent, ils n’ont plus besoin d’écouter ? C’est pourquoi, j’aime bien être secoué lorsqu’un de mes confrères ose une parole juste mais déroutante, et que je n’ai d’autre choix que d’écouter. Premier dimanche de carême, énième commentaire des tentations au désert, la torpeur est là, et la phrase tombe comme une sentence : « Si jamais quelqu’un vous affirme droit dans les yeux que vous avez perdu votre dignité de Fils de Dieu et que vous ne vous en relèverez jamais : il faut le tuer tout de suite, car c’est le démon ». Alors certes, je ne vais pas me promener avec une machette à la main au cas où cela se produirait : la mise à mort est symbolique et les imbéciles ne sont malheureusement pas en voie de disparition ! Mais j’en ferai volontiers mon chemin de conversion en méditant cette vérité absolue si bien exprimée par saint Paul : « rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 8, 39). Beau programme pour un carême ou, mieux, pour toute une vie. Sortir de l’ennui à la messe, peut avoir du bon !

 



(1) William Cavanaugh, « Dying for the eucharist or being killed by it. Romero's Challenge to First-World Christians », Theology Today 58/2 (2001), p. 177.

 

azurinfo

 

Deuxième bulletin pur Azur Information (Avril 2011)

http://www.azurinformations.com

 

Par Sylvain Brison
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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 15:37

edlv.jpgAujourd'hui, mercredi des Cendres... Et hop, on entre en carême.

Comme chaque année, les frères dominicains de Lille nous proposent de vivre ce grand temps fort en suivant la retraite dans la ville... Si vous n'êtes pas encore inscrit... c'est gratuit et c'est par ici.

Dans sa première médiation de carême le frère Franck Dubois, nous invite au nettoyage de printemps. A entrer au coeur de sa maison, dans le secret, pour s'y mettre avec Dieu. Ceci me rappelle ce très beau texte d'un Moine de l'Eglise d'Orient que j'avais lu quelque temps avant mon entrée au séminaire. Je l'ai redécouvert aujourd'hui avec joie et m'empresse de vous le faire partager. C'est un bon commencement. Bon carême à tous.

 

 

Voici que je me tiens à la porte....

 

 

Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi » (Ap. 3, 20). Ainsi parle le Seigneur à l’Eglise de Laodicée.

 

          « Je me tiens à la porte... » Je l’ai vu venir. Il marchait rapidement. Je savais ou plutôt Je sentais qu’il venait vers ma maison, et je me suis retiré en hâte de la fenêtre, pour qu’il ne m’aperçût pas. Car je n’étais pas sûr que je lui ouvrirais. Ses visites produisent sur moi une impression double, contradictoire. Nous nous connaissons depuis bien longtemps. Il y eut des temps où nous étions intimes. Puis nos rapports se sont espacés. D’une part, je me sentais honoré et heureux de l'avoir chez moi. D’autre part, je me sentais souvent gêné. Il me posait des questions personnelles, assez abruptes, qui agissaient sur moi comme des brûlures. Je tâchais de détourner l’entretien vers le domaine des idées et des doctrines. Mais toujours il le ramenait vers les choses intimes dont je craignais de parler. Plusieurs fois il est venu et, au lieu d'ouvrir, je me suis caché, non sans honte, non sans remords.

 

         Voici que maintenant il est arrivé à ma porte. Non pas à la porte principale de ma maison. Il se tient en ce moment devant une porte de derrière, plus petite. Au début de notre intimité quand je ne voulais pas avoir de secrets pour lui, je l’avais prié de venir toujours par cette porte de derrière, laissant la grande porte aux hôtes étrangers, aux visites de cérémonie. Puis je me suis mis à éprouver un malaise devant l’usage qu'il faisait de cette porte réservée. Entrant par derrière, il était à même de voir ou même de traverser des pièces familières mal tenues. Il semblait prendre un intérêt à ma salle à manger, à ma cuisine, à ma chambre à coucher. Le désordre et la poussière ne lui échappaient pas. Il y fit même des allusions à la fois discrètes et directes. Je répondis évasivement : « Oh ! C’est si difficile... Je n'arrive pas... ». Il me dit alors : « Et si nous essayions ensemble, tous deux ?... ». Mais j’avais peur. Je craignais qu’il découvrît à quel point certaines choses n’étaient pas ce qu’elles devraient être. J’ajournai, je prétextai des occupations urgentes. Afin de couper court, je condamnai la porte de derrière. Je le fis désormais entrer par la porte de la façade. Je le reçus au salon. Ses visites devinrent, de mon fait, de plus en plus froides et formelles, et de plus en plus rares.

 

         Il est donc arrivé à la porte de derrière. Elle est close. Depuis que « sa » porte a été condamnée, une végétation sauvage commence à la recouvrir. Le lierre croît librement. Au pied de la porte poussent des herbes folles et même des plantes toxiques, des tiges de belladone et de ciguë. La serrure est rouillée. Il s’est arrêté devant « sa » porte, et il la regarde. Va-t-il frapper ? Veut-il donc entrer par cette porte et montrer ainsi qu’il désire renouer les relations intimes d’autrefois ? Mais voilà qu’il frappe ! Vais-je ouvrir ? Rien n’est prêt pour le recevoir. Un désordre inouï s’étale partout. Et où est la clef de cette porte ? Il frappe encore. Je l’observe de loin. Il frappe doucement. Il ne donne pas de coups de poing. Il heurte lentement la porte avec le doigt majeur. Je remarque que son regard n’est pas dirigé directement en face, vers la porte. Tout en frappant, il regarde par côté et en haut, vers le ciel. Son expression est grave, attentive, mais non impatiente. Il semble se concentrer, non sur la porte et la réponse que je ferai, mais sur la grâce que le Père peut accorder, sur la décision que le Père peut inspirer.

 

         Il frappe toujours. « Je me tiens à la porte et je frappe... » Le verbe est au présent. Il s’agit d’une action répétée, continue. Que faire ? Je ne puis pas vivre sans sa présence, et je ne puis supporter sa présence. Si j’ouvre, va-t-il m’adresser des reproches ? Essaierai-je de m’excuser ? Je ne puis ouvrir que si je me rends à lui sans conditions... Alors il n’y aura plus de problèmes... Allons ! Je vais vers la porte. J’ouvre cette porte qui grince et que retiennent les plantes parasites. Je m’efface : « Seigneur, entre. Seigneur, tu sais... ». J’allais dire : « Tu sais que, malgré tout, je t’aime...». Mais je n’ose continuer la phrase, et un sanglot étrangle ma voix. Lui me regarde avec un sourire calme. Il dit : « Je sais... Je vais souper avec toi ». Je m’écrie : « Seigneur, je n’ai pas préparé de repas. Je n’ai rien de ce qu’il faut ». Il répond : « C’est moi qui t’invite à mon souper. Je veux, chez toi, célébrer ma Cène ».

 

Un Moine de l'Eglise d'Orient, Le visage de lumière, Chevetogne, 1966, p. 165-169.

Par Sylvain Brison
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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 08:43

Bonjour à tous,

Pardonnez ce long silence qui est dû à mon travail de thèse.. Je réalise de jour en jour que ce n'est jamais aussi simple qu'il n'y paraît au premier abord. Mais voici, enfin, quelque chose qui permettra d'alimenter un peu plus ce blog.

 

Si vous habitez dans les Alpes-Mritimes, peut-être connaissez-vous le journal Azur Informations ? Ce mensul gratuit est disponible dans de nombreuses églises et chez les commerçants dans tout le département. Il m'a été demandé de faire un billet d'humeur chaque mois. Voici-donc le premier, celui du mois de Mars. N'héitez pas à me donner vos avis (commentaire, email) pour amliorer le style de cet exercice.

Si vous n'habitez pas dans la région de Nice, vous pouvez aussi télécharger le journal sur le site: http://www.azurinformations.com

azurinfo

 

 

Tolérer le respect ?

 

« Tolérant  ? Maison de Tolérance, voyons ! Tolérant ! Moi, tolérant ! Et c'est à ton père que tu dis ça ? Espèce de petit saligaud ! Fais bien attention, Marius ! » . Les colères de César dans le Bar de la Marine sont fameuses ; et celle-ci, que Césariot n’arrive que difficilement à calmer, nous révèle la grande ambiguïté du mot « tolérance ». Alors que je regardais de nouveau ce grand classique de Pagnol, cette scène m’a touché : moi non plus, je dois bien l’avouer, je ne supporte plus le mot « tolérance ». Il se retrouve dans toutes les bouches si bien qu’il ne veut plus rien dire. Ou plutôt, si ! Il devient un splendide paravent derrière lequel nous pouvons discrètement nous laver les mains de ce que les autres vivent. Ainsi, nous pouvons tout tolérer à la condition que nous ne soyons pas concerné. La tolérance devient le droit à l’indifférence. Je lui préfère l’idée de « respect » qui me semble beaucoup plus juste, beaucoup plus vraie. Le respect nous établit dans une relation avec cet autre qui devient notre frère, notre ami. Il le laisse libre de ses décisions et de ses actes, mais m’invite à ne pas rester insensible. Respecter quelqu’un, c’est l’aimer, être avec lui quelles que soient les conséquences de ses choix. C’est s’engager avec lui dans cette humanité qui s’ignore trop souvent. « Vous commencerez par le respect… » , là est le début du chemin de vie.

Par Sylvain Brison
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Mardi 10 août 2010 2 10 /08 /Août /2010 11:01

Bonjour à tous,

Après quelques mois silencieux voici quelques nouvelles.

Le travail de thèse et pastoral ne m'ont pas laissé beaucoup de temps pour bloguer, même si les sujets ne manquent pas... Me voici à présent en vacances pour 15 jours. J'essaierai de publier un billet prochainement.

 

De plus, à partir du 27 août, je m'envole pour 4 mois à Boston. En effet, dans le cadre de ma thèse, ce séjourd 'échange universitaire m'aidera à rassembler de la documentation et à vérifier certaines de mes intuitions. J'étudierai à Boston College, la plus importante université jésuite des USA. Je dois également, si tout se passe bien, rencontrer le théologien William Cavanaugh vers le mois d'octobre.

 

Je ne manquerai pas de vous donner des nouvelles. Merci de votre fidélité.
Bonne fin d'été à chacun d'entre-vous.

Par Sylvain Brison
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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /Avr /2010 10:00

"La vérité vous rendra libre"... Nous connaissons tous cette parole du Christ dans l'Evangile de Jean. Quel beau slogan. Jésus aurait quand meme pu préciser que cette démarche a un prix. Mais elle en vaut la peine.

 

Depuis plusieurs semaines déjà, les journaux et les médias sont remplis de toute sorte de contenus touchants aux affaires de pédophilie dans l'Eglise. Tout a été dit et bien souvent, les choses s'emballent comme des réactions en châine hors de contrôle qui laissent nos esprits raisonnables sur le bord du chemin.

 

Je ne veux pas faire d'article sur la question pour le moment mais je ne veux pas vous laisser sans rien faire.

Ceux qui veulent se tenir bien informés trouveront d’excellents articles chez nystagmus et Koz a écrit sur sacristains même un très bel article, réaction de père de famille et d’ami de prêtres.

 

Voici aussi deux courrier que j'ai reçu durant ce triduum pascal et que je souhaite vous partager;:

 

Le premier émane de la Conférence Catholique des Baptisés de France

 

   

Chers amis prêtres

 

Parce qu’il célèbre l’instauration de l’Eucharistie, le Jeudi saint est traditionnellement la « fête des prêtres », votre fête. Quelques jours plus tôt, vous aurez été rassemblés autour de votre évêque pour la messe chrismale. Pour chacun d’entre vous, cette rencontre est un temps de ressourcement, une sorte de fête de famille, où se renouvelle, dans le Christ, votre engagement pour le service du peuple de Dieu.

 

Or, cette année, les révélations concernant des affaires de pédophilie assombrissent l’atmosphère. Comment ressentir la joie d’être prêtre quand des soupçons pèsent sur « les prêtres », faisant de cette généralité une menace durable et insupportable ?

Et, plus largement, comment ressentir la joie d’être « catholique » devant un tel désastre ?

 

Nous pourrions nous taire, attendre que s’apaisent nos troubles sentiments de honte, d’humiliation et de colère.

Mais nous entendons résonner les paroles du Christ : « Ceci est mon Corps », et nous entendons que nous sommes tous membres de ce Corps. Quand l’un de ses membres souffre, c’est tout le corps qui souffre.

 

Cette souffrance que nous ressentons avec vous, nous prenons conscience qu’elle s’enracine aussi dans notre propre responsabilité devant ce qui arrive. Le silence qui est reproché à « l’Église » est aussi notre silence.

Nous non plus, nous n’avons pas su voir, pas voulu entendre, pas osé parler. Aussi, nous prenons notre part, et partageons le poids de ce qui arrive. Si chacun de nous « est l’Eglise », qu’il le soit pour le meilleur et aussi pour le pire.

 

Il faudra comprendre, ensemble, que si le crime fut celui de quelques uns, le silence fut le fait d’un « système » qui a généré la sous estimation du forfait, et préféré défendre la structure de l’institution au détriment des victimes.

Instruits douloureusement par ces évènements, il faudra que vous, prêtres, et nous, fidèles du Christ, reconstruisions la communion ecclésiale sur la transparence, l’humilité et la sagesse, pour que notre Eglise puisse continuer à annoncer l’Evangile, et aussi pour qu’elle soit simplement plus « humaine ».

 

Mais d’abord, aujourd’hui, à l’occasion du Jeudi Saint, nous voulons vous redire notre ferme et chaleureuse amitié. La révélation de crimes isolés qui sont le fait de personnalités perverses n’entache en aucune façon l’estime que nous vous portons ni la confiance que nous vous faisons.

Nous baptisés catholiques, nous rendons grâce à cause de vous, qui avez choisi de servir le corps du Christ dans le sacerdoce presbytéral, et nous vous remercions d’être parmi nous ces signes spécifiques de la présence du Christ.

Vous êtes nos prêtres et nos amis, soyez assurés que vous nous trouverez à vos côtés dans les moments de joie comme dans les épreuves, dans la fraternité que fonde le Christ.

 

Bonnes et heureuses fêtes de Pâques, chers amis et chers frères.

 

 

http://www.koztoujours.fr/wp-content/uploads/2010/04/appel2-512x1024.jpgLe second est un Appel à la vérité, lancé par des intellectuels, des artistes et des journalistes français en ce Jeudi Saint. C'est "un appel de chrétiens à la vérité et à la solidarité avec les victimes abusées comme avec l'ensemble des catholiques, de leurs prêtre et de leur pape". Il a été signé par une soixantaine de personalité dont:

 

Jean Luc Marion, de l'académie Française
Rémi Brague, professeur de philosophie et membre de l'Institut
Michael Lonsdale, comédien
Claude Bébéar, président du conseil d'administration d'AXA
Henri Tincq, journaliste
Jacques Arène, psychanaliste
et bien d'autres....

Retrouvez ici le texte intégral de l'Appel et n'hésitez pas à le faire circuler et à le signer.

 

 

Puisse la résurrection du Christ que nous allons célébrer dans quelque jour nous conduire sur le chemin de la liberté dans la vérité et dans l'amour afin que nous soyions toujours plus des disciples fidèles travaillant à la venue du Royaume de Dieu.

 

 

Par Sylvain Brison
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 17:42
A l'occasion de l'année sacerdotale, un certain nombre d'initiatives ont pris place dans la vie de l'Eglise et des diocèses. J'ai moi même pensé écrire un article ou un billet sur la question, mais j'ai du y renoncer (pour le moment) faute de temps. je me contenterai de vous renvoyer aux articles publié il a maintenant trois ans sur le ministère presbytéral dans le monde d'aujourd'hui :
Mais je voulais aussi vous présenter deux réflexions sur le ministère et la vie des prêtres.



http://www.nice.catholique.fr/images/actu/10.02.23_pretres.jpg Portraits de prêtres.
Des émissions de RCF Côtes d'Azur (25 minutes)

Au micros de Denis Jaubert, retrouver les prêtres du Diocèse de Nice et découvrez-les sous un nouveau jour. Une bonne occasion de découvrir des visages différentes et des manières très incarnés de vivre le ministère de prêtre

Retrouvez les émissions sur le site du diocèse (mis à jour régulièrement)
(Pour les curieux mon interview a été diffusée le 9 mars)


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Lettres à un jeune prêtre
Pietro De Paoli

Le dernier ouvrage commis par l'auteur de Vatican 2035 aborde le ministère presbytéral sous le mode épistolaire. Dans ces douze lettres, Mgr Marc Belhomme, le héros de Dans la peau d'un évêque aborde de manières croisées différents aspects de la vie du prêtre.

Les personnages sont campés. Les lecteurs des livres précédant commencent à bien connaître Marc qui ne se laisse enfermer dans aucune caricature. La seconde figure est dépeinte en creux car Pietro De Paoli ne nous livre pas les lettres du Père Louis-Marie de Saint-Hilaire qui sont pourtant, dans l'imaginaire du livre, l'occasion de la correspondance. Cependant, le nom de fiction choisi pour cet anti-héros laisse transparaître un certain "type" de jeune prêtre; et les indices disséminés ici où là dans les lettres de l'évêques finissent de dépeindre un jeune ecclésiastique de 30 ans, issu sans doute d'une bonne famille bourgeoise, classique dans sa pensée comme dans sa pratique, arborant un beau col romain noir et ne délaissant pas la soutane de temps à autres... Mais ce serait une grossière erreur de penser que l'auteur verse dans la caricature. Au-delà de l'image d'Epinal qui ne manquera pas de nous sauter au visage, se profilent les traits d'un homme sensible, touché et bousculé par l'Esprit dans des circonstances auxquelles il ne s'attendait pas. Comme le remarque dans sa préface Mgr di Falco, "on pourrait s'arrêter au conflit des générations, aux querelles d'écoles. Mais on sentira derrière ces différences entre ce prêtre et cet évêque un même amour du Christ, de l'Eglise et de l'humanité". Plus que leurs divergences, l'auteur semble nous conduire à remarquer ce qui rapproche ces hommes dans leur vocation et leur ministère.

Leur histoire patine leurs écrits et les liens se tissent entre les lignes. Si Marc se positionne tour à tour comme Evêque, et comme Père, il devient peu à peu au fil des lettres le grand frère dans le Christ. Il est trop rare, à mon avis, que des prêtres se comportent ainsi avec d'autres prêtres. Les propos de Marc sont sans concessions mais emplis d'humanité. Si on le sent en distance avec certaines positions de son jeune confrère, on ne le sens pratiquement jamais jugeant ou méprisant. On s'agacera peut-être à cause de son style parfois un peu trop professoral, mais on lui sera gré de ne pas sacrifier l'épineuse question du vocabulaire sur l'autel de la facilité.

Certains regretterons peut-être aussi, de ne rien découvrir de nouveau sur la prêtrise par rapport aux autres livres  Pietro reste Pietro. Mais cet ouvrage sera aussi l'occasion d'appréhender la réalité du ministère presbytéral dans le contraste de ses figures. Enfin, pour le jeune prêtre et le lecteur que je suis, je retiens les questions que posent Louis-Marie. Non pour moi même - car je suis bien loin de les formuler ainsi - mais comme illustration de la "rugosité" que représente l'entrée dans le ministère pastoral. De Marc, je retiendrai la bienveillance et le désir de garder et de cultiver le lien de la communion par dessus tout, mais sans compromission aucune.


Pietro De Paoli, Lettres à un jeune prêtre, Plon, Paris, 2006, 151 p., 16 €
Par Sylvain Brison
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