Dimanche 18 février 2007

« Par ses blessures nous sommes guéris », un ministère de guérison et de réconciliation

            Comme le ministre du Christ a pour mission de rendre visible aux hommes et aux femmes les signes de libération, il se découvre lui-même comme un homme blessé, appelé à guérir. Cet étrange paradoxe est un point essentiel du ministère sacerdotal : « le prêtre est l’homme de douleur qui guérit[1] ». Il ne s’agit pas ici de conclure cette partie sur une note doloriste et pessimiste. Je ne pense pas non plus qu’il y ait un aspect masochiste à choisir cette voie aujourd’hui. Mais nous ne savons que trop bien que les difficultés, les questions, le plus souvent affectives, des prêtres ne disparaissent pas comme par magie avec l’ordination ! Bien plus, la lourde tâche du ministère risque de les intensifier si celui qui les rencontre dans sa vie tente de les fuir. Mais je suis aussi convaincu de l’authenticité de l’appel au célibat qui est vécu dans l’Eglise latine et je voudrais pousser plus avant cette réflexion.

            Qu’entendons-nous par « blessures » quand nous parlons des prêtres ? En ce qui me concerne, je veux parler de celle ouverte par la solitude personnelle et l’isolement « professionnel ». Le futur prêtre promet, le jour de son ordination diaconale de vivre le célibat à cause du Royaume des Cieux. Au cours de sa formation, la question a dû être longuement abordée et la réponse mûrie. Mais il n’en reste pas moins que cette promesse est parfois, voir souvent, difficile à vivre au quotidien. Or, dans la vie chrétienne, je pense que le célibat protège la solitude comme un bien précieux. Car ce manque voulu dans la vie du prêtre sera le lieu privilégié de la Rencontre et de la fécondité de son ministère. N’oublions pas le but de ce célibat : être signe de la venue du Royaume.

Mal comprise, cette réalité peut-être destructrice. Dans les phases les plus difficiles, beaucoup espèrent trouver le livre qui répondra à toutes leurs questions, rencontrer la personne qui soulagera leur souffrance, certains espèrent même que Dieu comblera ce vide… Mais il ne s’en suit que de la déception. En effet, chercher à nier cette solitude n’est pas la bonne solution ; cela revient à vouloir la combler par de faux espoirs. C’est oublier que Dieu ne comble pas le vide, il le maintient comme le lieu fondamental de notre communion, où nous pouvons lier de véritables relations et d’où jaillira toute la fécondité du ministère. Rien ne pourra jamais combler ce manque : c’est une réalité qu’il faut assumer en toute liberté.

Ce sentiment est accru du fait de la chute d’influence du ministère du prêtre. Ce dernier touche trop souvent du doigt, cet étrange contraste entre son désir fou d’annoncer Jésus-Christ et le peu d’intérêt que lui porte le monde. Triste ironie d’une société de tradition chrétienne qui fait chaque jour le constat qu’elle a folklorisé, « culturisé », « pasteurisé » la foi de ses pères. Pour le ministre qui s’est engagé à construire, à former et à vivre une communauté de foi, l’isolement est une blessure bien douloureuse. Cet isolement personnel est malheureusement amplifié par l’isolement géographique dû à la raréfaction des prêtres.

Il est trop tentant de minimiser l’impact de ces situations. Accepter ces souffrances en vérité, sans les sous-estimer, ni les surestimer, constitue le premier pas vers un ministère de guérison et de réconciliation. Le second est de chercher à les exposer à la vue de celui qui a fait de son corps brisé le signe du Salut.

Osons maintenant la question ; comment ces blessures peuvent-elles être source de guérison ? La réponse est à chercher dans l’unité de vie. Tout d’abord, personne ne devrait chercher à cacher ses blessures personnelles et son expérience de vie au Christ : seul le fou cache ses maux au médecin. La grâce de l’accompagnement spirituel ne doit pas s’achever avec le séminaire : la route continue et le prêtre ne peut se passer de cet accompagnement personnel.

Henri-John Nouwen va plus loin encore dans une nouvelle voie qu’il me semble utile d’explorer : celle de l’hospitalité. Il préconise de ne pas cacher son expérience personnelle à ceux que le prêtre veut aider, sans tomber évidemment dans un « exhibitionnisme spirituel » : « Le ministre qui étale ses problèmes personnels en pleine chaire n’aide aucunement ses paroissiens. Aucune personne souffrante n’aura l’impression d’être aidée par quelqu’un qui lui avoue avoir les mêmes problèmes. L’exhibitionnisme spirituel ne redonne pas confiance, pas plus qu’il n’ouvre des perspectives nouvelles. Loin de guérir, les plaies ouvertes ont tendance à s’infecter. Faire de ses blessures une source de guérison ne signifie donc pas exposer ses souffrances à tout venant »[2].  L’hospitalité est une aptitude à se faire proche de l’autre, de celui qui est accueilli et reçu. Etre vraiment présent et éviter la tentation de se tenir toujours occupé pour éviter d’entrer en soi-même : il est difficile d’être présent à l’autre si on n’est pas présent à soi. Pouvoir proposer un accompagnement personnel est un véritable enjeu aujourd’hui : « Le ministre qui a apprivoisé sa solitude et qui est chez lui dans sa propre maison est en mesure d’offrir l’hospitalité à ses invités. (…) Le caractère paradoxal de l’hospitalité, c’est qu’elle suppose un espace vide où l’invité peut trouver sa propre âme »[3].

Le ministère est guérison car il dissipe toute illusion selon laquelle on peut être tout à l’autre et l’autre tout à soi ! A la différence du médecin qui peut soigner son patient sans faire état de ses propres douleurs, le ministre du Christ ne peut faire l’économie de cette unité de vie que seul le Christ peut opérer en lui. Aucun ministre ne peut sauver qui que ce soit ; le serviteur n’est pas plus grand que le maître. Cette humble reconnaissance est le premier signe de l’espérance. Le prêtre n’est pas un médecin : sa mission n’est pas de supprimer la souffrance mais de permettre de la convertir en lieu d’accueil du seul médecin des âmes et des corps, le Christ Ressuscité. Et dans cette mission, les sacrements tiennent une place privilégiée.


[1] Cf. Henri-John Nouwen, Par ses blessures nous sommes guéris. Le ministère sacerdotal dans le monde d’aujourd’hui, 2002.

[2] Nouwen, op. cit., p.83.

[3] Nouwen, op. cit., p. 87.

Au terme de ce court essai sur le ministère et la vie du prêtre, je voudrais exprimer le fait que j’ai bien conscience des limites d’un tel exercice. Il est à mon avis impossible de rendre compte en si peu d’espace de toute la richesse du ministère presbytéral. J’ai essayé de donner une vision personnelle de la question. C ’est la raison pour laquelle j’ai fait le choix de ne pas suivre un plan traditionnel articulé autour des tria munera.  Certains aspects sont sans doute trop accentué, d’autre trop peu explicités cela est sans doute dû en grande partie à mon histoire personnelle et à ma formation. On pourra aussi se demander si ce projet n’est pas trop idéaliste ou utopiste, mais n’a-t-on pas tous un peu besoin de viser un idéal ? Plus que d’établir un programme de campagne, j’ai voulu essayer de tracer l’horizon sur lequel s’orienter, un peu comme le scout qui tire un azimut pour rejoindre son but. A vrai dire, je pense qu’il manque peut-être des exemples concrets mais je ne puis dire par avance quels moyens je serai en mesure de prendre en fonction des situations. Mais pour cette question, je compte sur l’aide de Dieu qui, je le sais, saura me le faire comprendre. Enfin, je voudrais redire que l’articulation de ce propos autour du « Royaume de Dieu » ne doit pas être comprise come exclusive. Ce choix n’a pas été simple à poser et tout n’a pu y être intégrer. Ce sera le projet d’une vie entière de toujours découvrir la nouveauté de l’Evangile au sein même du ministère.

 

par Sylvain Brison publié dans : Lectures, cinéma...
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Vendredi 16 février 2007

Ministre dans un corps : l’édification de la communauté


Le prêtre est un ministre dans un corps : il n’est pas seul. Mais cette expression peut s’entendre à deux niveaux : ministre dans le Corps du Christ (et à son service) et membre du presbyterium. Sa vie et son ministère sont marqués par ces deux dimensions imbriquées.

            Tout chrétien est un homme de communauté selon le désir de Dieu comme le chante le psaume : « qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ». A la différence du prêtre régulier qui réalise sa vocation dans sa communauté religieuse, le prêtre séculier vit dans la communauté pour laquelle il est envoyé. Dès lors, son ministère est celui d’un « passeur » qui doit permettre aux hommes et aux femmes de tisser des liens fraternels entre eux, le Seigneur et le monde. Sa mission est d’accueillir et de rassembler ceux que le Christ, par le ministère de l’Eglise, lui confie. C’est ainsi que se traduit sa charge de gouvernement, de pasteur de la communauté. Cela suppose une attention à chacun et tout spécialement à ces petits qui sont les frères du Christ. Il doit favoriser, parfois susciter et toujours accompagner une vie communautaire pour en faire une vie d’Eglise. Ce n’est qu’à ce prix qu’il pourra vivre son ministère de manière équilibrée sans être ni trop accaparant, ni trop loin pour la communauté. Dans son rôle de pasteur, il fait vivre sa communauté et donnant les sacrements du baptême, de l’eucharistie, du mariage et de la réconciliation.

Au service de l’Eglise locale, le prêtre vit son ministère en lien avec les laïcs. En mettant en œuvre une coresponsabilité ministérielle différenciée, il doit permettre aux chrétiens de s’engager au service des autres dans la construction de l’assemblée. Ainsi, il cheminera avec ses frères, en tant que pasteur avec la communauté qui lui est confiée. Ce n’est qu’ensemble qu’ils pourront attendre le bout du chemin, le royaume des Cieux : « pas un seul de ceux que tu m’as confiés n’a été perdu ! ».

            La deuxième dimension communautaire sur laquelle le prêtre s’appuie dans l’exercice de son ministère est le presbyterium : le corps de prêtres unis à leur évêque. Ministre dans un corps, le prêtre n’est jamais seul face à sa charge. Il trouve un soutien sur ceux qui, comme lui, appelés par Dieu, ont reçu l’ordination sacerdotale pour seconder l’évêque dans l’annonce de l’Evangile. J’attache une grande importance à cette relation entre prêtres. Lors de mon premier stage en paroisse j’ai vu la richesse et la fécondité qui découlaient d’une vie fraternelle entre prêtres, y compris et surtout lorsque l’un d’entre eux traverse un temps de crise. Je ne sais que trop bien que les prêtres ne sont que des hommes et qu’ils ont parfois du mal à accueillir et vivre avec leurs semblables. C’est un vrai défi que de toujours vouloir considérer ses confrères comme étant, comme soi-même, appelés par Dieu. Lorsque je suis entré au séminaire, en m’accueillant en Avignon, un des séminaristes du diocèse a tenté de m’expliquer qu’il existait dans notre diocèse plusieurs « familles sacerdotales », plus ou moins concurrentes et exclusives, et qu’il faudrait bien, tôt ou tard, choisir celle à laquelle j’appartiendrai. J’ai toujours refusé cette vision des choses et me suis toujours efforcé de lier des liens fraternels avec tous les prêtres du diocèse, quelles que soient leurs tendances, leurs idées, ou leur pastorale ; et cela, je dois l’avouer, avec beaucoup de bonheur et sans grandes difficultés. J’espère toujours pouvoir compter sur eux, pour qu’ensemble nous puissions annoncer Jésus Christ, dans le diocèse de Nice, jusqu’à ce qu’Il vienne.

 

par Sylvain Brison publié dans : C'est tout moi...
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Dimanche 11 février 2007
Voici la suite de la seconde partie de mon projet de ministère. N'hésitez pas à laissez vos commentaires.


Ministre au service de la Parole : présence, manifestation et annonce

 
    Comment le prêtre est-il appelé à devenir ce ministre d’Espérance ? J’aime réfléchir à cette question à partir de la notion du Royaume de Dieu. Si nous n’avons aucune idée de la façon dont il adviendra, nous sommes pourtant, dans la foi, sûrs de son triomphe. Le Royaume de Dieu s’est approché de manière radicale dans la venue du Fils de Dieu selon la chair. Au cours de la rédaction de ma dissertation de baccalauréat canonique, j’ai eu à travailler en profondeur les notions de sacerdoce commun et de sacerdoce ministériel. J’ai beaucoup apprécié la manière dont le père Daniel Bourgeois articule l’un et l’autre autour du Salut et du Royaume. L’un et l’autre sacerdoce sont appelés à manifester le royaume de Dieu mais de manières essentiellement différentes. Le sacerdoce commun manifeste le Salut en tant qu’il est accomplis ; le sacerdoce ministériel manifeste lui, le Christ comme source et auteur du Salut. Dès lors, la mission du prêtre est d’être présent au monde, de  manifester le Salut par toute sa vie et de l’annoncer de toutes ses forces.

     Rendre présent le Royaume de Dieu ne peut se vivre qu’en étant soi-même présent au monde. Mon passage au séminaire des Carmes m’a donné l’occasion de découvrir le visage étonnant de l’Eglise d’Algérie à travers les figures de Christian de Chergé, et des moines de Thibérine (sans oublier Christian Chessel, père blanc originaire du diocèse de Nice et assassiné en Algérie). J’y ai découvert aussi la vie et le témoignage de Mgr Claverie, évêque d’Oran. J’ai souvent médité ces phrases qui me semblent bien, à juste titre, définir ce que doit être cette présence au monde : « L’Eglise accomplit sa vocation quand elle est présente aux ruptures qui crucifient l’humanité dans sa chair et son unité. Jésus est mort écartelé entre ciel et terre, bras étendus pour rassembler les enfants de Dieu dispersés par le péché qui les sépare, les isole et les dresse les uns contre les autres et contre Dieu lui-même. Il s’est mis sur les lignes de fracture nées de ce péché. En Algérie, nous sommes sur l’une de ces lignes sismiques qui traversent le monde : Islam/Occident, Nord/Sud, riches/pauvres. Nous y sommes bien à notre place car c’est en ce lieu là que peut s’entrevoir la lumière de la Résurrection ». Et notre monde, notre pays, notre diocèse ne manquent pas de ces lignes où doit finir par jaillir la lumière de la résurrection. Etre présent au monde dans la plus simple quotidienneté, par tout ce qui fait que le prêtre est un homme et parce qu’en tant qu’homme il ne peut être que solidaire de ses pairs. Il lui faut tenir bon aussi, au nom de la foi, de l’espérance et de l’amour qui l’animent comme un veilleur : « sur tes remparts Jérusalem, j’ai placé des veilleurs ». Il y demeure comme un signe visible de la présence du Seigneur à ce monde qu’il a tant aimé.

     La mission du prêtre est au service de la manifestation du Royaume de Dieu, de son épiphanie. Qu’est-ce à dire sinon manifester le Salut adressé par Dieu à tout homme ? Il y a autant de figures de prêtres qu’il y a de façons d’annoncer et d’offrir ce Salut (le prêtre ouvrier par sa présence humble et discrète dans l’usine, le moine dans le tranquille silence de son monastère, le prêtre de banlieue ou celui des riches quartiers huppés de la capitale…). Au cours de ma retraite d’élection en fin d’année propédeutique à Lérins, un moine me confiait une belle analogie. Chaque vocation est un peu comme une lumière dans la nuit du monde. Et cela est d’autant plus vrai pour la vie religieuse ou la vocation presbytérale. Chacun, selon la grâce reçue, nous devons briller de la lumière du Christ : le moine dans son monastère comme la petite lumière auprès du tabernacle qui indique une présence, ou le prêtre diocésain comme cette belle lumière du cierge pascal qui luit dans la nuit de Pâques et éclaire tous ceux qui la voient. Peu importe la manière dont le Royaume se manifeste mais il faut qu’il le soit : c’est cela l’urgence de la mission. Le réel défi est d’arriver à l’enraciner au plus profond des cœurs et de ne pas se contenter d’afficher Jésus Christ sur des panneaux publicitaires de trois mètres par cinq ou de le mettre sur une belle pochette de disque. Cette charge de l’épiphanie du Royaume ne repose heureusement pas que sur les épaules de l’Eglise (et des prêtes en particulier) mais elle est avant tout l’œuvre de Dieu lui-même. Mais la question demeure : comment le manifester aujourd’hui ? Je me méfie beaucoup des réponses toute faites qui ressemblent par trop à des formules magiques. La question doit rester une question pour que la réponse qu’on lui donnera soit adaptée aux personnes et aux temps qui en ont besoin. La seule chose sûre sur laquelle nous devons nous appuyer est la résurrection du Christ, cœur de la manifestation du Royaume de Dieu et du Salut accompli : « Voici que je fais toute chose nouvelle » (Ap 21,5). Il nous faut sans cesse apprendre à discerner dans les signes des temps les lueurs de cette douce lumière et les ténèbres où nous sommes appelés à l’apporter.

    Présence, manifestation et proclamation. Comment cette découverte du Royaume pourrait-elle rester muette chez celui qui en vit ? Comme tout fidèle du Christ, le prêtre est appelé à le proclamer par toute sa vie, à l’exemple du Maître, par ses paroles et ses œuvres. Mais en tant que pasteur, il proclame le Royaume par l’annonce de la Parole et la célébration des sacrements… L’Eglise l’exprime traditionnellement dans l’exercice des tria munera : enseignement, gouvernement, sanctification. Ces trois charges sont structurantes de la vie et du ministère du prêtre. Sa vocation commence dans l’humilité et s’achève dans le mystère car il assume ces charges avec tout ce qu’il est, au service de la communauté auprès de laquelle il est envoyé dans une réelle dépossession de tout pouvoir humain.

     La proclamation du Royaume de Dieu est ainsi au cœur de sa vie, au cœur de son ministère : il en vit lui-même en le proclamant. Le jour de son ordination, l’évêque adresse cette parole au nouveau diacre : « Reçois l’Evangile du Christ que tu as mission d’annoncer ; sois attentif à croire à la parole que tu liras, à enseigner ce que tu auras cru, à vivre ce que tu auras enseigné ». Il me semble que la liturgie traduit ainsi le fondement de la vie spirituelle du ministre du Christ qui est invité à vivre dans cette relation intime au mystère : une vie sur le chemin des Béatitudes.

     Entre présence et proclamation, le prêtre expérimente dans sa vie sa dimension de serviteur et de coopérateur dans l’œuvre du Salut. Comme ont pu l’exprimer certains mystiques : la Parole se fait chair, et la chair se fait Parole. Cette dynamique de la Parole et du Royaume des Cieux se déploie dans le champ de l’amour. Mais qui dit amour, dit relation et nous touchons là à une nouvelle dimension du ministère et de la vie du prêtre : il est un homme en relation avec d’autres.

 

par Sylvain Brison publié dans : C'est tout moi...
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Jeudi 8 février 2007
Voici la suite de la seconde partie de mon projet de ministère. Vous retrouverez le paragraphe précédant ici. N'hésitez pas à laissez vos commentaires.

Un ministère d’Espérance

Le ministère du prêtre est un ministère d’Espérance. Cette affirmation n’exclut nullement le rôle de la foi et de la charité dans sa vie. Mais l’annonce personnelle de l’espérance chrétienne est au cœur de la vie du prêtre. Et comment parler de cette expérience sans parler de Jésus-Christ dans sa vie, sa mort et sa résurrection. Nous annonçons la mort et la résurrection du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. C’est cette « indicible » espérance qui anime la mission des chrétiens et plus spécialement des prêtres qui sont, par le sacrement de l’ordre configuré au Christ serviteur et pasteur.

L’exercice du ministère suppose d’abord une implication personnelle qui puisse permettre de nouer de véritables relations. Ainsi, le prêtre est invité à chercher à se connaître soi-même en vérité à la lumière du Christ, à se considérer avec beaucoup d’humilité face à l’Evangile. Il est appelé à vivre lui-même de l’espérance dont il doit témoigner, par la lecture et la méditation de la Parole, par la célébration et la réception des sacrements (et en particulier l’Eucharistie et la Réconciliation). Ce n’est qu’ainsi que le prêtre, ministre du Christ, pourra entrer dans une relation vraie avec ceux qui cherchent ou qui doutent. Evidemment, le danger serait que cette implication personnelle amène ceux et celles qui sont confiés au prêtre à s’attacher à lui plutôt qu’au Christ. C’est pourquoi, l’ensemble de la vie du prêtre, l’ensemble de ses relations doit pouvoir se vérifier dans l’expérience de l’accompagnement personnel, de la prière et de la vie sacramentelle.

La motivation profonde de cette implication personnelle pour guider ses frères et ses sœurs vers demain est conduite par l’espérance. L’espérance se découvre d’une part comme don de Dieu dans la foi, et, d’autre part, comme anticipation de la vie du monde  à venir par delà la souffrance et la mort. Sa force vient de la promesse faite à l’humanité à travers les figures d’Adam, d’Abraham, d’Israël, de Moïse… et accomplie pour toujours en Jésus Christ. Elle ne se confond pas avec un optimisme démesuré qui viendrait du monde. L’optimisme cherche à trouver appui sur des faits de la vie quotidienne pour se convaincre que demain sera meilleur… beaucoup de chrétiens (et de prêtres !) sombrent alors dans la désillusion lorsque les difficultés arrivent. Fonder une vocation sur des espoirs concrets revient à bâtir sa maison sur le sable. L’espérance chrétienne nous invite à nous dessaisir, à quitter nos habitudes, à recevoir notre vie d’un Autre. Elle est un acte de disciple. J’aime, en ce sens, contempler la figure du Christ en croix. Au seuil de la mort, il ne peut plus espérer d’autre vie que celle que seul le Père peut accorder. Acte d’abandon, kénotique, acte d’Espérance et de Vie. Dans notre monde trop souvent ravagé par la souffrance, la mort et la désillusion, un des enjeux majeurs du ministre de Christ est de raviver cette flamme de l’Espérance.

Comment ne pas souligner ici l’importance que revêt la pastorale sacramentelle. En tant que ministre des sacrements, le prêtre est invité à célébrer cette espérance et le don de la grâce à travers ces signes concrets. L’Eucharistie, tient, dans cette économie, une place centrale. Lorsque le prêtre monte à l’autel pour célébrer le mystère du Corps et du Sang du Seigneur pour la communauté ecclésiale, il annonce en acte et en paroles cette espérance dont il est le ministre. Dans la distribution de l’eucharistie aux fidèles, et particulièrement aux malades et aux mourants, il communique sacramentellement la grâce du Christ aux hommes qui en ont tant besoin. Il est impossible ici de parcourir l’ensemble du septénaire sacramentel pour y découvrir comment ce ministère d’espérance trouve sa réalisation. Qu’il nous suffise d’affirmer que dans la proposition, la préparation, la célébration des sacrements et dans le temps de la mystagogie, le prêtre, en accomplissant son ministère, conduit le peuple de Dieu sur ce chemin d’Espérance.

par Sylvain Brison publié dans : séminaire
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Lundi 5 février 2007
Aux séminaristes qui s'approchent de l'ordination diaconale, le séminaire des Carmes demande la rédaction d'un "projet en vue du ministère". Il comporte en général trois parties: 1) Une relecture de sa vie et de sa vocation; 2) Sa vision du ministère du prêtre; 3) Comment se voit-on prêtre, demain, dans son diocèse. Je me suis donc moi-même soumis à cet exercice qui n'est pas évident. Je souhaitais vous faire partages quelques passage de me deuxième partie. Vous pouvez laissez vos commentaires ;).



Prêtre dans un monde en fuite


 

            Alors qu’on lui avait demandé de réfléchir sur une spiritualité de la mission à l’ère de la mondialisation, Timothy Radcliffe, maître de l’ordre des frères prêcheurs, fit le constat que le monde ne sait pas où il va : il est sans cesse en fuite par rapport à lui-même (1) Cette analyse peut bien sûr être discutée mais elle me semble pertinente pour rendre compte de monde dans lequel le prêtre est appelé à accomplir son ministère. Les caractéristiques du monde en fuite sont nombreuses et complexes. La plupart de nos contemporains vivent dans une relative crainte – souvent inconsciente – de l’avenir. La crise de la responsabilité et de l’engagement que nous ne cessons de constater en sont les symptômes les plus évidents. Et c’est justement pour ce monde en fuite qu’il nous faut proposer la mission confiée par le Christ à son Eglise.

 

            Si beaucoup ne savent pas « où » va le monde, les disciples du Christ savent « vers quoi » il s’oriente : vers le Royaume de Dieu. Le prêtre doit être le témoin privilégié de cet acheminement vers le Royaume. Et cela ne doit pas revêtir les beaux habits d’une spiritualité eschatologique mais doit bien s’enraciner dans le monde présent. En Jésus-Christ, le Royaume de Dieu s’est radicalement et irréversiblement approché de nous, et c’est aujourd’hui qu’il commence !

 

            Ce phénomène de fuite a un large retentissement dans la vie personnelle des hommes. Dans notre société, de plus en plus, les personnes se trouvent écartelées entre de nombreuses situations ; dispersées sur le plan familial, du travail, de la religion… Il est clair qu’en exaltant l’individualisme, notre société ne favorise pas l’unité ; pas plus intérieurement qu’extérieurement. Aujourd’hui, plus que jamais, le prêtre reçoit la mission de travailler à cette unification. Notre génération est trop souvent privée de ses racines. Les hommes ont perdu foi en Dieu, en leurs pairs et en la technologie : il s’ensuit une profonde désillusion. Au cours de ma première année au séminaire des Carmes, je suis tombé sur le dernier texte laissé par Stig Dagerman dans lequel il expose, avec le talent qu’on lui connaît, la profonde angoisse et le gouffre insondable dans lequel il s’abîme. Ce texte laissera place au silence… avant son suicide deux en plus tard en 1954. Les trois premières phrases éclairent, me semble-t-il, de façon saisissante, le paroxysme du désespoir qui peut saisir les hommes d’aujourd’hui : « Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier » (2). Dans ce contexte, le prêtre doit tenir un rôle essentiel dont il ne peut se décharger puisqu’il sait bien, lui, que le Christ peut rassasier ce besoin fondamental de l’homme.  Et il ne pourra remplir cette charge que s’il se reconnaît appartenir lui aussi à ce monde : il ne lui est pas étranger. Il devra donc lui aussi travailler à réaliser à la suite du Christ cette unité de vie en lui-même.

 

            Avant d’aller plus loin, il me semble indispensable de rappeler un trait fondamental de la vie du prêtre diocésain : sa vie, sa spiritualité, et son bonheur sont inséparablement liés à l’exercice de son ministère. Sa propre voie de sanctification et donc de cheminement vers le Royaume s’inscrit et se confond dans le service ministériel qui lui est confié. Ainsi, sans vouloir, encore une fois, prétendre à donner une vision globale du ministère presbytéral, je propose de l’examiner autour de quatre axes.



(1) Timothy RADCLIFFE, « La mission dans un monde en fuite : les futurs citoyens du Royaume de Dieu », La Documentation Catholique, n° 2245, 1er avril 2001, pp. 337-344.

(2) Stig DAGERMAN, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes Sud, Arles, 1981 (19892), p. 11.

par Sylvain Brison publié dans : C'est tout moi...
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Jeudi 25 janvier 2007
Pour ceux qui auraient raté la diffusion de l'emission " C dans l'air " diffusé le mercredi 24 janvier 2007 : Le premier reportage a été en partie tourné au séminaire des Carmes avec les interviews de Gauthier et du Père Robert Scholtus (Supérieur du Séminaire). Voici la première partie de l'émission:



Vous pouvez bien sûr voir l'émission dans son entier sur le site web de

Je vous recommande de suivre l'ensemble de l'émission qui est assez intéressante.

N'hésitez pas à laisser vos réactions, vos questions ou vos commentaire



par Sylvain Brison publié dans : séminaire
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Mercredi 17 janvier 2007

Une équipe de journalistes de France 5 est venue passer la journée au Séminaire des Carmes hier, afin de réaliser un documentaire sur l"a crise-des-vocations-dans-l'Eglise"...


Le sujet doit être diffusé dans le magazine quotidien "C dans l'air", animé par Yves CALVI, mercredi 24 janvier, à 17 h. 50.

 

Pour plus d'informations sur l'émission, cliquez sur le logo de la chaîne...

N'hésitez pas à laissez vos avis sur l'émission dans les commentaires.

 


par Sylvain Brison publié dans : séminaire
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Dimanche 14 janvier 2007
La dernière Carmanews vient se sortir (lettre d'information du séminaire des Carmes)
Vous pouvez la télécharger ici.

Bonne lectures à tous, et n'oubliez de laisser un petit commentaire pour dire ce que vous en pensez, je transmettrai au comité de rédaction
par Sylvain Brison publié dans : séminaire
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Samedi 13 janvier 2007
Bonjour à tous...
Beaucoup de choses se passent en ce moment au séminaire... Campagne électorale du bureau des séminaristes, Publication de la Carmanews n° 5 (bientôt disponible sur ce blog), fin de la rédaction de mon projet de vie (vous en aurez bientôt quelques extraits)....

Je ne vous abandonne pas mais mon emplois du temps est chargé... Pour ceux que les questions de liturgie intéressent, je vous signale la publication sur Catho-Théo de quelques conférences données à l'occasion des 50 ans de l'Institut Supérieures de Liturgie. Je vous en recommande vivement la lecture: c'est un très interressant:

Une parole pour un cinquantenaire : revisiter les tâches d’un institut de liturgie

Patrick Prétot
Moine bénédictin
Directeur de l’Institut Supérieur de Liturgie à l’institut Catholique de Paris.

Site web : Page sur le site de la Catho de Paris

Une oeuvre patiente de formation approfondie

Robert Le Gall Archevêque de Toulouse
Président de la Commission épiscopale
pour la Liturgie et la Pastorale sacramentelle
 
par Sylvain Brison publié dans : séminaire
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Vendredi 5 janvier 2007

Bonjour à tous et tout d'abord je veux vous souhaiter une très bonne et heureuse année 2007. Que le Seigneur vous comble de sa grâce, de sa joie et de sa paix tout au long de ces jours.

Voici maintenant quelques nouvelles sur l'évolution de ce blog. J'ai en effet reçu plusieurs demandes ou question à ce sujet.

A propos des mises à jour

Je suis désolé de ne pas mettre ce blog à jour plus souvent mais mon rythme de vie cette année est assez chargé. En effet, cette année j'ai un statut d'externe, c'est à dire que tout en continuant ma formation, je loge en permanance en paroisse et vais suivre les cours à l'Institut catholique. De lus, je viens d'entrée en première année de Master de théologie dogmatique et fondamentale ce qui implique une plus grande quantité de travail...

J'ai en ce moment, plusieurs documents à rédiger:

- Mon projet pastoral (pour le séminaire)
- Mon bilan de formation BAFD (pour la DRJS)
- Mes deux disserations annuelles de dogmatique et de philo
- ...

Je ne manquerai pas de vous faire part de quelques éléments de réflexions au cours de leur élabortaion... mais il vous faudra encore un peu de patience...

 

A propos de la série d'Articles "Secousses Liturgiques".

Je vous en avais annoncé 3. Le deuxième volet tarde à venir pour deux raison: 1) les priorités données aux documents dont je viens de vous parler; 2) je suis un cours intitulé "Histoire et Théologie de l'ordo missae" et j'aimerai l'avoir suivit en entier avant de continuer à publier ces articles

Malgrès tout, je pense pouvoir vous donner le second volet d'ici les vacances de février... merci de votre patience.

Dernière chose, suite à plusieurs commentaires désobligeant, j'ai dû supprimer la possibilité d'ajouter des commentaires à cet article. la conséquence (que je n'avait pas prévue) a été la disparition des commentaires existant (et j'en suis désolé). J'en profite pour mettre les choses au point: j'accepte volontier que les visiteurs du blog n'aient pas le même avis que les miens et l'exprime dans les commentaires... il n'y a pas de censure de ce point de vue. Mais je n'admet pas des commentaires faisiant état d'injures, de grossièreté ou de quelconque violence et bien souvent anonyme (quand on exprime son avis, on assume ce que l'on dit et on a le courage de signer son texte)... Je reverrai la question pour le second volet.

Voilà quelques nouvelles cocnernant ce blog... Merci de votre patience et de votre soutient. n'hésitez pas à repasser régulièrement pour trouver les mises à jour (j'essaierai d'en mettre une régulièrement, même petite). Une bonne astuce pour suivre les nouveaux articles est de s'inscrire à la newsleter (colone de droite). Vous  ne recevrez des emails que pour vous prévenir des mises à jour (garanti sans aucun SPAM et vous pouvez vous désinscrire facilement à tout moment).

Pensez à laisser un commentaire de temps en temps ca fait toujours plaisir,

Amitiés

Sylvain

par Sylvain Brison publié dans : C'est tout moi...
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Qui suis-je ?

 Bienvenue à tous !

Je suis prêtre catholique du diocèse de Nice. Je poursuis actuellement des études supérieures à l'Institut Catholique de Paris. Je viens de finir le Séminaire des Carmes. J'exerce mon minitère à la Paroisse du Saint-Esprit (Paris XII) et à Menton pendant les vacances scolaires.

Ce blog à plus de trois ans... Il vous permettra de mieux me connaître et peut-être de discuter et d'échanger...

Il n'a aucune visée apologétique ou prosélite... Il vet être un lieu d'expression et de partage de ma joie d'être prêtre. Vous y trouverez des nouvelles, des photos, mes coups de coeur (livre, cinéma, BD, expos..., mes réflexions sur divers sujets... n'hésitez pas à laisser un commentaire.

Pour me conctacter:
sylvain.blog@gmail.com

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