Comme promis, voici le dialogue sur lequel s'achève le Film "Munich" de Steven Spielberg
Avner : Avons-nous obtenu un résultat ? Chaque homme qu’on a tué a été remplacé par pire. Ephraïm : Pourquoi vous couper les ongles ils vont repousser ?
A : Est-ce qu’on a tué pour remplacer les dirigeants terroristes, ou bien pour remplacer les dirigeants palestiniens ? Dites-moi ce que nous avons fait ? E : Vous avez tué pour le bien d’un pays que vous choisissez maintenant d’abandonné. Le pays que votre père et votre mère ont bâti ; le pays où vous êtes né. Vous avez tué pour Munich, pour l’avenir, pour la paix.
A : Il n’y a pas de paix à la fin de tout cela. Peu importe ce que vous croyez et vous savez que c’est vrai !
E : Voici ce que je sais : votre père est malade, votre mère va rester seule, vous êtes un Sabrah, votre femme et votre fille sont des Sabrah. Ce que je suis venu vous dire est ceci : rentrez chez vous.
SILENCE
A : Venez chez moi pour dîner ce soir. Oh voyons ! Vous êtes juif, vous n’êtes pas d’ici. Il est écrit quelque part, je ne sais pas où, qu’il faut que je vous invite à rompre le pain avec moi.
SILENCE
A : Alors ? Rompez le pain avec moi Ephraïm.
SILENCE
E : Non.
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Il y aurait beaucoup à dire sur le film... Mais il me semble que la dernière scène porte en elle toute la tension dramatique et l'inexorable chaîne de déchirment qui alienne les hommes tout au long de la pellicule.
Avner a fini par craquer, sa vie, ses peurs (sa conscience peut-être) ont fini par le rattraper. Il expérimente dans sa vie et son amour (sa famille peut-être menacée) que si l'homme n'est jamais réductible aux actes qu'il pose, ces derniers contibuent à modeler son existence...
Finalement, la seule issue possible est de faire face à ses responsabilités et à retrouver Ephraïm, son correspondant du Mossad. L'ouverture au dialogue est pour lui un moyen de Salut. L'opportunité de questionner, d'interroger et d'affirmer ses doutes... enfin! Mais la discussion tourne court. Ephraïm ne veut pas se situer dans cette confrontation. Alors qu'Avner tente d'accoucher à la Vérité et de reconnaître la finalité de toute cette violence, Ephraïm lui reste campé sur ses positions (de tous les personnages important du film, il est le seul à ne pas avoir changé).
Face à cette incompréhension qui n'engendre que violence sur violence, Avner n'est pas dupe. Il a découvert à ses dépends que tout cela ne mène nulle part! Nous ne sommes plus sur le registre de la croyance ("peu importe ce que vous croyez"), nous avons basculer peu à peu dans le domaine de la vérité ("vous savez que c'est vrai").
D'homme pourchassé, Avner tente de devenir l'homme qui espère. Il n'a que trop bien compris que la violence ne pourra pas s'arrêter aussi facilement et que de partout la situation le dépasse (contrairement à ce qu'il aurait pu croire au sommet de sa toute puissance, il n'a jamais été maître de la situation). Il n'y peu rien et Ephraïm est là pour le lui rappeler. Le monde semble être ainsi. Qu'Avner le veuille ou non, la lutte continuera, les assasinats se poursuivront, les attentats aussi... le spirale est sans fin. Pourtant, Avner pose une geste, ou plutôt il pose le geste qui, à son niveau, est le seule à pouvoir ouvrir un espace de vérité et un chemin d'Espérance:
" Il faut que je vous invite à rompre le pain avec moi."
Tentatice humaine, attitude toute juive, inspiration divine, don de l'Esprit Saint ? Et pourquoi pas tout celà à la fois ! Au milieu de la violence, rompre le pain est le seule signe qui puisse réunire les hommes. L'invitation devient absolue necessité. Avner ne propose rien de plus que de commémorer la Pâque; il ne propose rien de moins que de ne pas laisser la violence avoir le dernier mot. Au delà du repas se profile dans les yeux d'Avner l'indissible espérence de pouvoir découvrir derrière le visage usé d'Ephraïm, le visage d'un frère, la trace de la ressemblance divine. Partager le pain c'est remercier Dieu pour ce que nous sommes tous sans exception. Partager le pain c'est laisser Dieu nous le donner. Partager le pain c'est recevoir du Christ la vie que nous ne pouvons plus espérer. Rompre le pain c'est poser le seul acte qui puisse faire de nous des com-pagnons.
"Alors ? Rompez le pain avec moi Ephraïm."
La réponse est sans appelle. Accepter la main tendu par Avner suppose de d'abaisser son orgueil pour se redécouvrir humble. Plus que de l'avoir atteint dans sa chair, la violence l'a touché au tréfond de l'âme. Du juif libéré de la terre d'Egypte, il ne reste plus trace de l'humilité creusé au désert. Au lieu d'ouvrir le chemin d'espérance voulu par Avner, chacun repart de son côté et l'horizon, loin d'être découvert est fermé par les tours du World Trade Center.
Si un jour, et ce peut être demain, celui qui était si loin de nous nous propose de rompre le pain, puissions-nous avoir la force, le courrage et l'humilité de ne pas répondre comme Ephraïm !
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