Partager l'article ! Les fausses notes de l'Eglise: Cling, grr, chnonk… Bientôt la grande fête de Pâques. Le carême est passé cette ...
Cling, grr, chnonk…
Bientôt la grande fête de Pâques. Le carême est passé cette année encore si vite, presque comme une partition d’orgue de barbarie, qui se joue en nous sans que nous ayons beaucoup d’effort et d’attention à lui porter. Et puis, soudain, le mécanisme se grippe au détour d’une réalité. La partition refuse d’avancer, et vous ne parvenez plus à faire tourner la manivelle ; Vous n’avez d’autre choix que de vous arrêter et de retrousser les manches.
Que s’est-il passé ? Je suis tombé (et pas si fortuitement que ça) sur cette sainte colère de Christine qui, en éclatant, m’a rappelé cette douloureuse réalité de mon Eglise qui n’est pas toujours aussi bien ajustée au mystère dont elle prétend vivre. (S’il vous plaît, lisez l’article de Christine en entier avant de poursuivre ici).
Que faisons-nous donc des ces NON-baptisés de Pâque ? Les condamnons-nous à se tenir dans l’obscurité, dans l’anonymat du nom qui leur est refusé, en leur demandant de ne pas trop faire de vagues ? Oui, je dis « nous » car, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou le découvrions, nous avons tous, membres de l’Eglise, notre petite part de complicité, ce petit grain de sable, qui vient justement gripper le mécanisme si bien roder de notre petite vie spirituelle routinière.
Il y a des choses graves où la seule mesure c’est l’excès
Certains pourraient trouver qu’il est facile de crier à corps et à cris, de se mettre en colère et que, après tout, même si « ça soulage », ce n’est tout de même pas très chrétien ! Et bien, ne leur en déplaise, l’Esprit choisi parfois de passer dans le souffle d’un éclat de voix. Souvenons-nous du Christ, dévoré par le zèle de la maison de Dieu, chassant les marchants du Temple. Alors, certes, nous ne sommes pas le Christ, mais, comme le rappelle le grand et fin théologien qu’est Maurice Bellet : « Il y a des choses graves où la seule mesure c’est l’excès » (1).
Et puis, Christine à raison, il faut remettre les choses à leur juste place, savoir aussi de temps en temps poser les bonnes questions et mener les vrais combats. La conversion n’est-elle pas un chemina avant d’être un état de fait ? Qu’est ce qui est le plus important : le saisissement opéré par Dieu dans la vie des gens ou l’analyse juridique de leur existence ? Le désir de conversion ou le constat de l’échec ? La liberté du salut que donne la grâce ou la pesanteur carcérale du péché ? Le Salut donné par le Christ, ou le pouvoir du Malin ?
L’Eglise est la croix sur laquelle le Christ est crucifié
L’Eglise est sainte et pécheresse. Ce constat prend trop souvent un goût amer. S’il nous faut l’accepter, il ne faut pas nous en satisfaire. Dans son dernier livre, William Cavanaugh explore la nature pécheresse et visible de l’Eglise (2) en osant cette formule provocante : « Le Christ est crucifié sur la croix qu’est l’Eglise ». Je vous invite également à lire ce chapitre étonnant qui donne de la profondeur. En voici justement un extrait saisissant :
« [Le péché des membres de l’Eglise] ne saurait cependant réduire à néant le pouvoir de la croix. L’Eglise n’est jamais loin de la croix (…). Le lien qui existe entre l’Eglise et la croix est double. Si d’une part, l’Eglise est véritablement le Corps du Christ, alors elle est "co-crucifiée" avec lui. C’est justement en tant que pécheresse qu’elle est crucifiée avec le Christ dont la mort marque la "mort au péché" de l’humanité (3). L’Eglise est d’autre part, en tant que représentante de l’humanité pécheresse, la croix elle-même sur laquelle le Christ est crucifié. Comme Romano Guardini l’écrit de manière suggestive, "aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est un fait historique que l’imperfection participe de l’Eglise temporelle. Le Christ continue de vivre dans l’Eglise, mais il y vit souvent en crucifié. L’on pourrait presque dire en parabole que les imperfections de l’Eglise sont la Croix du Christ" (4) » (5).
Si le péché de l’humanité qui met à mort Jésus peut obscurcir la nature de l’Eglise, nous savons que le pouvoir rédempteur du Christ est le plus fort : au matin le tombeau était vide ! C’est ce même élan qui a saisi Jean, Virginie, Julien, et qui les a poussé à demander le baptême que l’Eglise leur a refusé, qui viendra à bout de nos réticences et de nos erreurs. C’est un grand mystère : nous seront convertis, nous seront sauvés dans les lieux même de nos plus grandes trahisons au Christ, par l’amour que nous n’auront pas eu pour nos frères mais que le Sauveur, lui, nous donnera.
Reste, cependant, que la conversion ne tombe pas non plus du ciel sur notre torpeur : il nous faut y consentir et y travailler, et le chemin semble encore long !
Dieu peut bénir des choses que l’Eglise ne saurait approuver
Alors que faire ? Je n’ai pas de solution miracle. Chacun à son rôle : Christine en dénonçant avec fracas l’hypocrisie qui nous saisie, moi en tentant d’y réfléchir et de faire avancer pas à pas, et vous ?
A Jean, Virginie et Julien, je voudrais dire que, surtout, ils ne perdent ni l’espérance ni la joie que la rencontre du Christ a fait naître en eux. Face aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils les gardent comme un trésor précieux. Qu’ils ne l’oublie pas non plus : « Dieu peut bénir des choses que l’Eglise ne saurait approuver » (6) et il continuera d’agir dans leur vie comme il a commencé. Je souhaite, prie et espère que dans votre route vous rencontriez des Chrétiens avec la foi chevillée au corps et qui vous permettront de grandir avec lui, avec nous. Je vous demande aussi de prier avec insistance pour notre propre conversion et que l’Esprit de celui qui a ressuscité d’entre les morts décille nos yeux pour nous permettre de le voir déjà agissant dans vos vies et dans les nôtres.
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Ce qui est dit est dit… L’orgue de Barbarie peut se remettre en marche, même si désormais il continuera d’égrener quelques fausses notes me rappelant à temps et contretemps à l’amour de mes frères et notre besoin de conversion…
(1) Maurice Bellet, Minuscule traité acide de spiritualité, Bayard, Paris, 2011, p. 60.
(2) William Cavanaugh, « The Sinfulness and Visibility of teh Church : A Christological Exploration » dans Migrations of the Holy, 2011, p. 141-169. (Vous trouverez la traduction française dans Migrations du Sacré, Ed. Homme Nouveau, 2010 ; cependant la traduction est parfois un peu libre)
(3) Hans Urs von Balthasar, Le mystère Pascal, p. 131
(4) Romano Guardini, cité dans G. Noel, The Anatomy of the Catholic Church, p. 13.
(5) William Cavanaugh, Migrations of the Holy, p. 161-162 (Migrations du Sacré p. 201).
(6)Maurice Bellet, op. cit., p. 85.
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