Mais je voulais aussi vous présenter deux réflexions sur le ministère et la vie des prêtres.
Le dernier ouvrage commis par l'auteur de
Vatican 2035 aborde le
ministère presbytéral sous le mode épistolaire. Dans ces douze lettres, Mgr Marc Belhomme, le héros de
Dans la peau d'un évêque aborde de manières croisées différents aspects de la vie du prêtre.
Les personnages sont campés. Les lecteurs des livres précédant commencent à bien connaître Marc qui ne se laisse enfermer dans aucune caricature. La seconde figure est dépeinte en creux car
Pietro De Paoli ne nous livre pas les lettres du Père Louis-Marie de Saint-Hilaire qui sont pourtant, dans l'imaginaire du livre, l'occasion de la correspondance. Cependant, le nom de fiction
choisi pour cet anti-héros laisse transparaître un certain "type" de jeune prêtre; et les indices disséminés ici où là dans les lettres de l'évêques finissent de dépeindre un jeune ecclésiastique
de 30 ans, issu sans doute d'une bonne famille bourgeoise, classique dans sa pensée comme dans sa pratique, arborant un beau col romain noir et ne délaissant pas la soutane de temps à autres...
Mais ce serait une grossière erreur de penser que l'auteur verse dans la caricature. Au-delà de l'image d'Epinal qui ne manquera pas de nous sauter au visage, se profilent les traits d'un homme
sensible, touché et bousculé par l'Esprit dans des circonstances auxquelles il ne s'attendait pas. Comme le remarque dans sa préface Mgr di Falco, "on pourrait s'arrêter au conflit des
générations, aux querelles d'écoles. Mais on sentira derrière ces différences entre ce prêtre et cet évêque un même amour du Christ, de l'Eglise et de l'humanité". Plus que leurs divergences,
l'auteur semble nous conduire à remarquer ce qui rapproche ces hommes dans leur vocation et leur ministère.
Leur histoire patine leurs écrits et les liens se tissent entre les lignes. Si Marc se positionne tour à tour comme Evêque, et comme Père, il devient peu à peu au fil des lettres le grand frère
dans le Christ. Il est trop rare, à mon avis, que des prêtres se comportent ainsi avec d'autres prêtres. Les propos de Marc sont sans concessions mais emplis d'humanité. Si on le sent en distance
avec certaines positions de son jeune confrère, on ne le sens pratiquement jamais jugeant ou méprisant. On s'agacera peut-être à cause de son style parfois un peu trop professoral, mais on lui
sera gré de ne pas sacrifier l'épineuse question du vocabulaire sur l'autel de la facilité.
Certains regretterons peut-être aussi, de ne rien découvrir de nouveau sur la prêtrise par rapport aux autres livres Pietro reste Pietro. Mais cet ouvrage sera aussi l'occasion
d'appréhender la réalité du ministère presbytéral dans le contraste de ses figures. Enfin, pour le jeune prêtre et le lecteur que je suis, je retiens les questions que posent Louis-Marie. Non
pour moi même - car je suis bien loin de les formuler ainsi - mais comme illustration de la "rugosité" que représente l'entrée dans le ministère pastoral. De Marc, je retiendrai la bienveillance
et le désir de garder et de cultiver le lien de la communion par dessus tout, mais sans compromission aucune.
Pietro De Paoli, Lettres à un jeune prêtre, Plon, Paris, 2006, 151 p., 16 €
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