C'est tout moi...

Samedi 11 avril 2009

Pour l’amour du monde…
ou vivre en ressuscité

 

Nous sommes des enfants de cette Terre. Voilà la certitude absolue qui s’ancre profondément dans notre existence. Le monde dans lequel nous vivons est le nôtre. Cette phrase peut sembler lourde d’une écrasante banalité mais elle est décisive pour celui qui ose vivre dans sa vie quotidienne l’étonnante nouveauté du mystère pascal. Car il y va de la Vérité de l’Evangile. En ces temps pour le moins troublés, il n’est pas évident de discerner les signes visibles de la présence du Ressuscité. Les crises se superposent ou se liguent inexorablement dans des connivences surprenantes. De la crise financière, à la crise écologique, en passant par la crise des valeurs, de la foi et de la religion, jusqu’à considérer les crises ecclésiales qui ne manquent pas de secouer l’Eglise du Christ, nous en serions réduits à considérer dramatiquement un certain abandon du monde par Dieu. Mais comment considérer, avec les yeux de la foi, que celui qui n’a pas refusé de vivre notre vie, et qui n’a pas fui devant la mort puisse, à ce point se retirer de nos existences ? A n’en pas douter, si nous avions encore la folle utopie de nous en extraire, notre monde se charge de nous rappeler, à temps et à contretemps, cette exigence fondamentale de l’espérance chrétienne. Il est illusoire de se bercer de douces convictions qui nous cacheraient une certaine âpreté, pour ne pas dire amertume, face à la condition de notre vie présente. « Je ne suis plus dans le monde ; eux ils sont dans le monde, et moi je viens vers toi » (Jn 17, 11). Vivre dans le monde qui est le nôtre n’est pas évident. « Je leur ai donné ta parole et le monde et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jn 17, 14). Il est encore parfois encore moins évident de l’aimer tel que le Christ l’a aimé. « [Père,] comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyé dans le monde » (Jn 17, 18) Et c’est pourtant de cet amour que nous sommes appelés à naître et à vivre. La résurrection du Christ, est autant un défi d’espérance qu’une réalité de la foi. Elle entraine le croyant, parfois malgré-lui, dans le combat spirituel, dans la tension incompressible de la vie dans le monde. Vivre du mystère pascal c’est aimer le monde dans lequel nous vivons. L’aimer en le changeant, le convertir en l’aimant.

La vie donnée, la vie reçue


Vivre de la vie du Ressuscité implique quelque part une nécessaire mort à soi-même pour entrer dans la vie qui nous est promise : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Nos combats spirituels, dont Artur Rimbaud nous rappelle qu’ils sont aussi brutaux que les batailles d’hommes [1], nous introduisent dans cette Pâque décisive. Et puisque ces luttes spirituelles ne se cantonnent pas au pré tranquille de nos idées mais envahissent sauvagement tous les champs de notre vie, nous pouvons avoir l’impression d’être abandonné. Un peu comme si, selon l’étonnante perspective de Jean-Pierre de Caussade, Dieu nous abandonnait au temps présent [2]. Mais cet abandon à la fois apparent et quelque part nécessaire, souligne gravement qu’il nous faudra, tôt ou tard, apprendre à recevoir notre vie. Dans ces moments-là, où nous ne pouvons plus entrevoir de vie possible, nous devons prier de recevoir le don d'une vie que nous ne pouvons absolument pas imaginer, une vie qui ne peut venir que comme un don de Dieu. « Sur la croix, Jésus n'attend pas de vie imaginable, mais l'inconcevable et abondante vie que le Père lui donnera. Dans ces moments-là nous ne pouvons faire notre vie. Elle doit nous être donnée » [3]. Vivre comme un ressuscité c’est, au delà de la traversée des apparences, vivre de la vie que seul Dieu peut accorder, pur don de son amour et de son salut. Du haut de la Croix naît la jeune espérance qui ne cesse de grandir au milieu de nous. Dans ce lieu tragique qui ne laisse survivre aucun espoir, l’espérance est le seul compagnon du Sauveur. C’est dans cette perspective, et uniquement dans celle-ci, que nous pouvons vivre cet « abandon au monde présent » comme la grâce divine de cette joyeuse disponibilité à l’Esprit. Ainsi, la rencontre du frère en ce monde peut se révéler comme sacrement de l’éternité de Dieu.

Le défi de l’Espérance

Voilà bien un des défis de notre temps : la rencontre en vérité de nos frères en humanité. A l’époque de la mondialisation, du village planétaire, ils n’ont jamais été aussi proches et, paradoxalement, aussi loin de nous. A tel point qu’il semble bien qu’il n’y ait qu’une chose à faire : la fuite en avant… il n’est pas besoin d’en donner des exemples : le monde court si vite que nous n’avons jamais le temps de reprendre souffle ou de nous arrêter. Mais l’irruption de la Résurrection dans notre « aujourd’hui » nous entraine dans une autre relation. L’espérance se découvre d’une part comme don de Dieu dans la foi, et, d’autre part, comme anticipation de la vie du monde à venir par delà la souffrance et la mort. Sa force vient de la promesse faite à l’humanité à travers les figures d’Adam, d’Abraham, d’Israël, de Moïse… et accomplie pour toujours en Jésus Christ. Elle ne se confond pas avec un optimisme démesuré qui viendrait du monde. L’optimisme cherche à trouver appui sur des faits de la vie quotidienne pour se convaincre que demain sera meilleur… beaucoup de chrétiens (et de prêtres !) sombrent alors dans la désillusion lorsque les difficultés arrivent. L’espérance chrétienne nous invite à nous dessaisir, à quitter nos habitudes, à recevoir notre vie d’un Autre. L’espérance de notre Salut, réalisée en Jésus-Christ doit imprégner notre vie au point de convertir notre regard et de changer, par nos mains le monde qui nous entoure : bien plus de le transfigurer. Nous annonçons le Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ! Comment le vivre au quotidien ? La question est abrupte mais doit être posée. Cette mission de l’espérance ne se réalise que dans la relation interpersonnelle. Tout en étant incroyablement universelle, la Résurrection du Christ nous touche chacun intimement,  personnellement [4]
. L’Evangile parle au cœur. Et les récits des apparitions ne sont, en définitive que des rencontres personnelles au cœur de la vie des femmes et des hommes qui en sont saisis : Marie-Madeleine, Pierre, Jean, Thomas, le disciple que Jésus aimait, Paul, Cléophas… et la liste serait longue ! Il ne tient qu’à nous de vouloir, par la grâce de Dieu, y inscrire notre nom, en aimant nos frères et notre monde. Entendons-nous bien, il ne s’agit plus – si tant est que ce fut un jour le cas – d’aimer d’un amour si englobant qu’il ne touche en réalité personne, mais d’aimer concrètement des hommes et des femmes particuliers en guettant avec eux la lumière du Jour qui vient.

Entrez dans la communion lumineuse


Voici la nouvelle alliance en mon sang.
De la Pâque du Christ naît le Peuple de l’alliance. Dieu sauve les hommes et ne veut en perdre aucun. L’Eglise est le peuple des hommes rassemblés dans la pâle lumière du matin de la Résurrection. Christian de Chergé n’avait plus qu’un lancinant désir : plonger son regard dans les yeux du Père pour voir l’humanité entière toute illuminée de la gloire du Christ. Ce brûlant désir ne saurait être étranger au disciple de Pâque qui entraperçoit subtilement la mesure infinie de son propre Salut. Celui qui a éprouvé dans sa vie la douloureuse souffrance de son propre péché et la douceur du pardon accordé gratuitement ne peut plus poser un regard cynique ou désespérer, ni sur le monde, ni sur ses frères. L’Esprit du Ressuscité l’envoie vers le monde et dans le monde pour y vivre de la vraie vie. Tous les actes d’amour qui relèvent et révèlent la dignité de notre humanité, les plus petites parcelles de joies répandues dans la boue et la cendre de nos faiblesses, le courage de la Parole proclamée dans nos surdités, sont les sacrements de la Pâque éternelle du Fils. La Résurrection de Jésus nous situe dans une nouvelle relation au monde qui aspire de toutes ses forces à la réalisation en son sein du Royaume des Cieux. La communion dans laquelle nous avons été établie nous tourne radicalement vers cette belle réalité : Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas mais obtiendra la vie éternelle.

La vie du Ressuscité avec le Ressuscité


La vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Et plus encore quand nous la recevons de celui qui nous à aimer jusqu’à nous donner son Fils. Entrer dans l’espérance de la Résurrection, c’est déjà vivre par une mystérieuse anticipation ce que nous serons appelé à être. C’est actualiser ici et maintenant le Royaume des Cieux. Se mettre au service du prochain par amour pour lui. Se saisir du monde pour l’aimer et non le rejeter. Pour y annoncer l’extraordinaire nouvelle de la Vie de Dieu en Jésus Christ. Avant de vivre sa Pâques, Jésus disait à ses disciples: « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). Il n’a pas dit, à la manière d’un romantique : « aimer, c’est être prêt à donner sa vie pour celui qu’on aime ». L’amour ne se satisfait pas d’une capacité à « être prêt », il exige le don total. La joie de Pâques vient de ce don de l’amour. Sommes-nous prêts à aimer en nous donnant ? Voilà le chemin du Ressuscité, celui d’Emmaüs où il marche à nos côtés, avec nous, en se donnant encore et toujours dans la Rencontre, dans la Parole et dans le Pain. Ne détestons pas le monde dans lequel nous vivons, mais aimons-le comme le Christ nous a aimé : enfants de cette Terre nous seront alors, tous ensemble et pour l’éternité, les enfants du Royaume promis.

 

 

P. Sylvain BRISON



[1] Arthur Rimbaut, « Adieux » dans Une saison en enfer.

[2] Cf. Robert Scholtus, Faut-il lâcher prise ? Splendeurs et misères de l’abandon spirituel, coll. « Christus », Bayard, Paris, 2008, p. 89.

[3] Timothy Radcliffe, « La promesse de Vie », dans Je vous appelle amis, Cerf, Paris, 2000.

[4] Personnellement et non individuellement !

Par Sylvain Brison
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Vendredi 20 juin 2008

Le séminaire s'est terminé hier soir et la période des "'vacances" d'été commence... Au programme cette année:

 

6 - 11 juillet
Pélerinage Synodale à Lourdes
Aumônier du camp 5e - 4e

11-25 juillet
Camp Inter-Jeunes de l'Ouest (CIJO)
Animateur Spi du camp des 4e

26 jullet - 19 août
Paroisse Notre-Dame des Rencontres (Menton)
Ministère paroissial
 et fin de rédaction du mémoire

21 - 31 août
Vacances en Périgord
avec le Bureau du Séminaire des Carmes

Par Sylvain Brison
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Vendredi 23 mai 2008



Elle est belle. Non, elle est plus que belle. Elle est la vie même dans son plus tendre éclat d’aurore. Elle est belle en raison de cet amour dont elle se dépouille pour revêtir la nudité de l’enfant. Elle est belle en mesure de cette fatigue qu’elle enjambe chaque fois pour aller dans la chambre de l’enfant. Toutes les mères sont belles de cette beauté. Toutes ont cette justesse, cette vérité, cette sainteté. Toutes les mères ont cette grâce à rendre jaloux Dieu même – le solitaire dessous son arbre d’éternité. La beauté des mères dépasse infiniment la gloire de la nature. Une beauté inimaginable. La beauté, le Christ n’en parle jamais. Il ne fréquente qu’elle, dans son vrai nom : l’amour. La beauté vient de l’amour comme le jour vient du soleil, comme le soleil vient de Dieu, comme Dieu vient d’une femme épuisée par ses couches.

 

Les mères naissent en même temps que leurs enfants. Elles grandissent dans la vie en même temps que leurs enfants, et comme l’enfant est dès sa naissance l’égal de Dieu, les mères sont d’emblée au saint des saints, comblées de tout, ignorantes de tout ce qui les comble. Et si toute beauté pure procède de l’amour, d’où vient l’amour, de quelle matière est sa matière, de quelle nature est sa nature ? La beauté vient de l’amour. L’amour vient de l’attention. L’attention simple au simple, l’attention humble aux humbles, l’attention vive à toutes vies.


Extraits de Christian Bobin, Le très bas, Gallimard, Paris, 1992, p. 21-23.

Par Sylvain Brison
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Samedi 21 avril 2007

Voici les photos de mon ordination diaconale. Merci encore à tous ceux qui m'ont entouré de leur présence ou accompagné de leurs pensées et de leurs prières.

Retrouvez les photos dans l'album photo

Retrouver l'homélie et le mot de remerciment ici

Par Sylvain Brison
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Vendredi 9 mars 2007

Par l’imposition des mains
et le don de l’Esprit Saint ;

pour le service du Christ,
de son Eglise
et de tous les hommes ;

 

 Mgr Louis SANKALE

Evêque de Nice

 

 ordonnera diacre
en vue du ministère presbytéral

 

 Sylvain BRISON

 

 le dimanche 15 avril
à 16h

 

 en l’Eglise
St Jean-Baptiste
ND du Vœu

 à Nice

Sylvain, sa famille,
le séminaire universitaire de l’Institut Catholique de Paris,
et les communautés chrétiennes qui l’ont accompagné,
vous invitent à partager leur joie et celle de l’Eglise
en participant à la célébration de son ordination
ou en vous y unissant par la prière.

« … pour que vous croyez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu,
et que par votre foi, vous ayez la vie en son nom » 
Jn 20.31

 

 

 

 

 

Par Sylvain Brison
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Vendredi 16 février 2007

Ministre dans un corps : l’édification de la communauté


Le prêtre est un ministre dans un corps : il n’est pas seul. Mais cette expression peut s’entendre à deux niveaux : ministre dans le Corps du Christ (et à son service) et membre du presbyterium. Sa vie et son ministère sont marqués par ces deux dimensions imbriquées.

            Tout chrétien est un homme de communauté selon le désir de Dieu comme le chante le psaume : « qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ». A la différence du prêtre régulier qui réalise sa vocation dans sa communauté religieuse, le prêtre séculier vit dans la communauté pour laquelle il est envoyé. Dès lors, son ministère est celui d’un « passeur » qui doit permettre aux hommes et aux femmes de tisser des liens fraternels entre eux, le Seigneur et le monde. Sa mission est d’accueillir et de rassembler ceux que le Christ, par le ministère de l’Eglise, lui confie. C’est ainsi que se traduit sa charge de gouvernement, de pasteur de la communauté. Cela suppose une attention à chacun et tout spécialement à ces petits qui sont les frères du Christ. Il doit favoriser, parfois susciter et toujours accompagner une vie communautaire pour en faire une vie d’Eglise. Ce n’est qu’à ce prix qu’il pourra vivre son ministère de manière équilibrée sans être ni trop accaparant, ni trop loin pour la communauté. Dans son rôle de pasteur, il fait vivre sa communauté et donnant les sacrements du baptême, de l’eucharistie, du mariage et de la réconciliation.

Au service de l’Eglise locale, le prêtre vit son ministère en lien avec les laïcs. En mettant en œuvre une coresponsabilité ministérielle différenciée, il doit permettre aux chrétiens de s’engager au service des autres dans la construction de l’assemblée. Ainsi, il cheminera avec ses frères, en tant que pasteur avec la communauté qui lui est confiée. Ce n’est qu’ensemble qu’ils pourront attendre le bout du chemin, le royaume des Cieux : « pas un seul de ceux que tu m’as confiés n’a été perdu ! ».

            La deuxième dimension communautaire sur laquelle le prêtre s’appuie dans l’exercice de son ministère est le presbyterium : le corps de prêtres unis à leur évêque . Ministre dans un corps, le prêtre n’est jamais seul face à sa charge. Il trouve un soutien sur ceux qui, comme lui, appelés par Dieu, ont reçu l’ordination sacerdotale pour seconder l’évêque dans l’annonce de l’Evangile. J’attache une grande importance à cette relation entre prêtres. Lors de mon premier stage en paroisse j’ai vu la richesse et la fécondité qui découlaient d’une vie fraternelle entre prêtres, y compris et surtout lorsque l’un d’entre eux traverse un temps de crise. Je ne sais que trop bien que les prêtres ne sont que des hommes et qu’ils ont parfois du mal à accueillir et vivre avec leurs semblables. C’est un vrai défi que de toujours vouloir considérer ses confrères comme étant, comme soi-même, appelés par Dieu. Lorsque je suis entré au séminaire, en m’accueillant en Avignon, un des séminaristes du diocèse a tenté de m’expliquer qu’il existait dans notre diocèse plusieurs « familles sacerdotales », plus ou moins concurrentes et exclusives, et qu’il faudrait bien, tôt ou tard, choisir celle à laquelle j’appartiendrai. J’ai toujours refusé cette vision des choses et me suis toujours efforcé de lier des liens fraternels avec tous les prêtres du diocèse, quelles que soient leurs tendances, leurs idées, ou leur pastorale ; et cela, je dois l’avouer, avec beaucoup de bonheur et sans grandes difficultés. J’espère toujours pouvoir compter sur eux, pour qu’ensemble nous puissions annoncer Jésus Christ, dans le diocèse de Nice, jusqu’à ce qu’Il vienne.

 

Par Sylvain Brison
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Dimanche 11 février 2007
Voici la suite de la seconde partie de mon projet de ministère. N'hésitez pas à laissez vos commentaires.


Ministre au service de la Parole : présence, manifestation et annonce

 
    Comment le prêtre est-il appelé à devenir ce ministre d’Espérance ? J’aime réfléchir à cette question à partir de la notion du Royaume de Dieu. Si nous n’avons aucune idée de la façon dont il adviendra, nous sommes pourtant, dans la foi, sûrs de son triomphe. Le Royaume de Dieu s’est approché de manière radicale dans la venue du Fils de Dieu selon la chair. Au cours de la rédaction de ma dissertation de baccalauréat canonique, j’ai eu à travailler en profondeur les notions de sacerdoce commun et de sacerdoce ministériel. J’ai beaucoup apprécié la manière dont le père Daniel Bourgeois articule l’un et l’autre autour du Salut et du Royaume. L’un et l’autre sacerdoce sont appelés à manifester le royaume de Dieu mais de manières essentiellement différentes. Le sacerdoce commun manifeste le Salut en tant qu’il est accomplis ; le sacerdoce ministériel manifeste lui, le Christ comme source et auteur du Salut. Dès lors, la mission du prêtre est d’être présent au monde, de  manifester le Salut par toute sa vie et de l’annoncer de toutes ses forces.

     Rendre présent le Royaume de Dieu ne peut se vivre qu’en étant soi-même présent au monde. Mon passage au séminaire des Carmes m’a donné l’occasion de découvrir le visage étonnant de l’Eglise d’Algérie à travers les figures de Christian de Chergé, et des moines de Thibérine (sans oublier Christian Chessel, père blanc originaire du diocèse de Nice et assassiné en Algérie). J’y ai découvert aussi la vie et le témoignage de Mgr Claverie, évêque d’Oran. J’ai souvent médité ces phrases qui me semblent bien, à juste titre, définir ce que doit être cette présence au monde : « L’Eglise accomplit sa vocation quand elle est présente aux ruptures qui crucifient l’humanité dans sa chair et son unité. Jésus est mort écartelé entre ciel et terre, bras étendus pour rassembler les enfants de Dieu dispersés par le péché qui les sépare, les isole et les dresse les uns contre les autres et contre Dieu lui-même. Il s’est mis sur les lignes de fracture nées de ce péché. En Algérie, nous sommes sur l’une de ces lignes sismiques qui traversent le monde : Islam/Occident, Nord/Sud, riches/pauvres. Nous y sommes bien à notre place car c’est en ce lieu là que peut s’entrevoir la lumière de la Résurrection ». Et notre monde, notre pays, notre diocèse ne manquent pas de ces lignes où doit finir par jaillir la lumière de la résurrection. Etre présent au monde dans la plus simple quotidienneté, par tout ce qui fait que le prêtre est un homme et parce qu’en tant qu’homme il ne peut être que solidaire de ses pairs. Il lui faut tenir bon aussi, au nom de la foi, de l’espérance et de l’amour qui l’animent comme un veilleur : « sur tes remparts Jérusalem, j’ai placé des veilleurs ». Il y demeure comme un signe visible de la présence du Seigneur à ce monde qu’il a tant aimé.

     La mission du prêtre est au service de la manifestation du Royaume de Dieu, de son épiphanie. Qu’est-ce à dire sinon manifester le Salut adressé par Dieu à tout homme ? Il y a autant de figures de prêtres qu’il y a de façons d’annoncer et d’offrir ce Salut (le prêtre ouvrier par sa présence humble et discrète dans l’usine, le moine dans le tranquille silence de son monastère, le prêtre de banlieue ou celui des riches quartiers huppés de la capitale…). Au cours de ma retraite d’élection en fin d’année propédeutique à Lérins, un moine me confiait une belle analogie. Chaque vocation est un peu comme une lumière dans la nuit du monde. Et cela est d’autant plus vrai pour la vie religieuse ou la vocation presbytérale. Chacun, selon la grâce reçue, nous devons briller de la lumière du Christ : le moine dans son monastère comme la petite lumière auprès du tabernacle qui indique une présence, ou le prêtre diocésain comme cette belle lumière du cierge pascal qui luit dans la nuit de Pâques et éclaire tous ceux qui la voient. Peu importe la manière dont le Royaume se manifeste mais il faut qu’il le soit : c’est cela l’urgence de la mission. Le réel défi est d’arriver à l’enraciner au plus profond des cœurs et de ne pas se contenter d’afficher Jésus Christ sur des panneaux publicitaires de trois mètres par cinq ou de le mettre sur une belle pochette de disque. Cette charge de l’épiphanie du Royaume ne repose heureusement pas que sur les épaules de l’Eglise (et des prêtes en particulier) mais elle est avant tout l’œuvre de Dieu lui-même. Mais la question demeure : comment le manifester aujourd’hui ? Je me méfie beaucoup des réponses toute faites qui ressemblent par trop à des formules magiques. La question doit rester une question pour que la réponse qu’on lui donnera soit adaptée aux personnes et aux temps qui en ont besoin. La seule chose sûre sur laquelle nous devons nous appuyer est la résurrection du Christ, cœur de la manifestation du Royaume de Dieu et du Salut accompli : « Voici que je fais toute chose nouvelle » (Ap 21,5). Il nous faut sans cesse apprendre à discerner dans les signes des temps les lueurs de cette douce lumière et les ténèbres où nous sommes appelés à l’apporter.

    Présence, manifestation et proclamation. Comment cette découverte du Royaume pourrait-elle rester muette chez celui qui en vit ? Comme tout fidèle du Christ, le prêtre est appelé à le proclamer par toute sa vie, à l’exemple du Maître, par ses paroles et ses œuvres. Mais en tant que pasteur, il proclame le Royaume par l’annonce de la Parole et la célébration des sacrements… L’Eglise l’exprime traditionnellement dans l’exercice des tria munera : enseignement, gouvernement, sanctification. Ces trois charges sont structurantes de la vie et du ministère du prêtre. Sa vocation commence dans l’humilité et s’achève dans le mystère car il assume ces charges avec tout ce qu’il est, au service de la communauté auprès de laquelle il est envoyé dans une réelle dépossession de tout pouvoir humain.

     La proclamation du Royaume de Dieu est ainsi au cœur de sa vie, au cœur de son ministère : il en vit lui-même en le proclamant. Le jour de son ordination, l’évêque adresse cette parole au nouveau diacre : « Reçois l’Evangile du Christ que tu as mission d’annoncer ; sois attentif à croire à la parole que tu liras, à enseigner ce que tu auras cru, à vivre ce que tu auras enseigné ». Il me semble que la liturgie traduit ainsi le fondement de la vie spirituelle du ministre du Christ qui est invité à vivre dans cette relation intime au mystère : une vie sur le chemin des Béatitudes.

     Entre présence et proclamation, le prêtre expérimente dans sa vie sa dimension de serviteur et de coopérateur dans l’œuvre du Salut. Comme ont pu l’exprimer certains mystiques : la Parole se fait chair, et la chair se fait Parole. Cette dynamique de la Parole et du Royaume des Cieux se déploie dans le champ de l’amour. Mais qui dit amour, dit relation et nous touchons là à une nouvelle dimension du ministère et de la vie du prêtre : il est un homme en relation avec d’autres.

 

Par Sylvain Brison
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Lundi 5 février 2007
Aux séminaristes qui s'approchent de l'ordination diaconale, le séminaire des Carmes demande la rédaction d'un "projet en vue du ministère". Il comporte en général trois parties: 1) Une relecture de sa vie et de sa vocation; 2) Sa vision du ministère du prêtre; 3) Comment se voit-on prêtre, demain, dans son diocèse. Je me suis donc moi-même soumis à cet exercice qui n'est pas évident. Je souhaitais vous faire partages quelques passage de me deuxième partie. Vous pouvez laissez vos commentaires ;).



Prêtre dans un monde en fuite


 

            Alors qu’on lui avait demandé de réfléchir sur une spiritualité de la mission à l’ère de la mondialisation, Timothy Radcliffe, maître de l’ordre des frères prêcheurs, fit le constat que le monde ne sait pas où il va : il est sans cesse en fuite par rapport à lui-même (1) Cette analyse peut bien sûr être discutée mais elle me semble pertinente pour rendre compte de monde dans lequel le prêtre est appelé à accomplir son ministère. Les caractéristiques du monde en fuite sont nombreuses et complexes. La plupart de nos contemporains vivent dans une relative crainte – souvent inconsciente – de l’avenir. La crise de la responsabilité et de l’engagement que nous ne cessons de constater en sont les symptômes les plus évidents. Et c’est justement pour ce monde en fuite qu’il nous faut proposer la mission confiée par le Christ à son Eglise.

 

            Si beaucoup ne savent pas « où » va le monde, les disciples du Christ savent « vers quoi » il s’oriente : vers le Royaume de Dieu. Le prêtre doit être le témoin privilégié de cet acheminement vers le Royaume. Et cela ne doit pas revêtir les beaux habits d’une spiritualité eschatologique mais doit bien s’enraciner dans le monde présent. En Jésus-Christ, le Royaume de Dieu s’est radicalement et irréversiblement approché de nous, et c’est aujourd’hui qu’il commence !

 

            Ce phénomène de fuite a un large retentissement dans la vie personnelle des hommes. Dans notre société, de plus en plus, les personnes se trouvent écartelées entre de nombreuses situations ; dispersées sur le plan familial, du travail, de la religion… Il est clair qu’en exaltant l’individualisme, notre société ne favorise pas l’unité ; pas plus intérieurement qu’extérieurement. Aujourd’hui, plus que jamais, le prêtre reçoit la mission de travailler à cette unification. Notre génération est trop souvent privée de ses racines. Les hommes ont perdu foi en Dieu, en leurs pairs et en la technologie : il s’ensuit une profonde désillusion. Au cours de ma première année au séminaire des Carmes, je suis tombé sur le dernier texte laissé par Stig Dagerman dans lequel il expose, avec le talent qu’on lui connaît, la profonde angoisse et le gouffre insondable dans lequel il s’abîme. Ce texte laissera place au silence… avant son suicide deux en plus tard en 1954. Les trois premières phrases éclairent, me semble-t-il, de façon saisissante, le paroxysme du désespoir qui peut saisir les hommes d’aujourd’hui : « Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier » (2). Dans ce contexte, le prêtre doit tenir un rôle essentiel dont il ne peut se décharger puisqu’il sait bien, lui, que le Christ peut rassasier ce besoin fondamental de l’homme.  Et il ne pourra remplir cette charge que s’il se reconnaît appartenir lui aussi à ce monde : il ne lui est pas étranger. Il devra donc lui aussi travailler à réaliser à la suite du Christ cette unité de vie en lui-même.

 

            Avant d’aller plus loin, il me semble indispensable de rappeler un trait fondamental de la vie du prêtre diocésain : sa vie, sa spiritualité, et son bonheur sont inséparablement liés à l’exercice de son ministère. Sa propre voie de sanctification et donc de cheminement vers le Royaume s’inscrit et se confond dans le service ministériel qui lui est confié. Ainsi, sans vouloir, encore une fois, prétendre à donner une vision globale du ministère presbytéral, je propose de l’examiner autour de quatre axes.



(1) Timothy RADCLIFFE, « La mission dans un monde en fuite : les futurs citoyens du Royaume de Dieu », La Documentation Catholique, n° 2245, 1er avril 2001, pp. 337-344.

(2) Stig DAGERMAN, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes Sud, Arles, 1981 (19892), p. 11.

Par Sylvain Brison
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Vendredi 5 janvier 2007

Bonjour à tous et tout d'abord je veux vous souhaiter une très bonne et heureuse année 2007. Que le Seigneur vous comble de sa grâce, de sa joie et de sa paix tout au long de ces jours.

Voici maintenant quelques nouvelles sur l'évolution de ce blog. J'ai en effet reçu plusieurs demandes ou question à ce sujet.

A propos des mises à jour

Je suis désolé de ne pas mettre ce blog à jour plus souvent mais mon rythme de vie cette année est assez chargé. En effet, cette année j'ai un statut d'externe, c'est à dire que tout en continuant ma formation, je loge en permanance en paroisse et vais suivre les cours à l'Institut catholique. De lus, je viens d'entrée en première année de Master de théologie dogmatique et fondamentale ce qui implique une plus grande quantité de travail...

J'ai en ce moment, plusieurs documents à rédiger:

- Mon projet pastoral (pour le séminaire)
- Mon bilan de formation BAFD (pour la DRJS)
- Mes deux disserations annuelles de dogmatique et de philo
- ...

Je ne manquerai pas de vous faire part de quelques éléments de réflexions au cours de leur élabortaion... mais il vous faudra encore un peu de patience...

 

A propos de la série d'Articles "Secousses Liturgiques".

Je vous en avais annoncé 3. Le deuxième volet tarde à venir pour deux raison: 1) les priorités données aux documents dont je viens de vous parler; 2) je suis un cours intitulé "Histoire et Théologie de l'ordo missae" et j'aimerai l'avoir suivit en entier avant de continuer à publier ces articles

Malgrès tout, je pense pouvoir vous donner le second volet d'ici les vacances de février... merci de votre patience.

Dernière chose, suite à plusieurs commentaires désobligeant, j'ai dû supprimer la possibilité d'ajouter des commentaires à cet article. la conséquence (que je n'avait pas prévue) a été la disparition des commentaires existant (et j'en suis désolé). J'en profite pour mettre les choses au point: j'accepte volontier que les visiteurs du blog n'aient pas le même avis que les miens et l'exprime dans les commentaires... il n'y a pas de censure de ce point de vue. Mais je n'admet pas des commentaires faisiant état d'injures, de grossièreté ou de quelconque violence et bien souvent anonyme (quand on exprime son avis, on assume ce que l'on dit et on a le courage de signer son texte)... Je reverrai la question pour le second volet.

Voilà quelques nouvelles cocnernant ce blog... Merci de votre patience et de votre soutient. n'hésitez pas à repasser régulièrement pour trouver les mises à jour (j'essaierai d'en mettre une régulièrement, même petite). Une bonne astuce pour suivre les nouveaux articles est de s'inscrire à la newsleter (colone de droite). Vous  ne recevrez des emails que pour vous prévenir des mises à jour (garanti sans aucun SPAM et vous pouvez vous désinscrire facilement à tout moment).

Pensez à laisser un commentaire de temps en temps ca fait toujours plaisir,

Amitiés

Sylvain

Par Sylvain Brison
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Mardi 26 décembre 2006

Vous êtes sur la gestion de vos commentaires Joyeux Noël à tous

Par Sylvain Brison
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 Bienvenue à tous !

Je suis prêtre catholique du diocèse de Nice. Je poursuis actuellement des études supérieures à l'Institut Catholique de Paris. Je viens de finir le Séminaire des Carmes. J'exerce mon minitère à la Paroisse Saint-Pierre de Montrouge (Paris XIV) et à Menton pendant les vacances scolaires.
Ce blog à plus de trois ans... Il vous permettra de mieux me connaître et peut-être de discuter et d'échanger...
Il n'a aucune visée apologétique ou prosélyte... Il veut être un lieu d'expression et de partage de ma joie d'être prêtre. Vous y trouverez des nouvelles, des photos, mes coups de coeur (livre, cinéma, BD, expos...), mes réflexions sur divers sujets... n'hésitez pas à laisser un commentaire.


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